vendredi 30 septembre 2016

Sarkozy intouchable : pourquoi nous sommes tous coupables !


Les étrangers ne sont pas comme nous. Et leurs mœurs nous horrifient. Au Brésil, Dilma Rousseff, présidente soupçonnée d’avoir participé au système de corruption Petrobras, a été destituée. Une folie amazonienne ! Aux Etats-Unis, la candidate à la Maison-Blanche Hillary Clinton a dû comparaître pendant 12 heures devant une commission parlementaire pour avoir utilisé sa boîte mail personnelle à des fins professionnelles. Une lubie yankee ! En Suède, une ministre sociale-démocrate a démissionné après avoir été prise en flagrant délit de conduite en état d'ivresse. Une dérive calviniste ! En Roumanie, l'ex-Premier ministre Victor Ponta, poursuivi dans un dossier de financement de la campagne électorale qui l'avait mené au pouvoir en 2012, a été placé sous contrôle judiciaire en attendant son jugement. Un folklore roumain !

En Gaule, rien de tel. Nos dirigeants n’ont aucun souci à se faire. A défaut de leur couper la tête, nous leur pardonnons toujours, quels que soient leur égarements. Bien qu’il ait fait exploser le plafond de dépenses de campagne en 2012, bien que les soupçons s’accumulent quant à un éventuel financement libyen de sa campagne de 2007, bien qu’il soit mis en examen dans l'affaire dite des "écoutes" pour avoir cherché à corrompre un magistrat de la Cour de cassation avec la complicité de son avocat, bien qu’il soit mis en examen dans l’affaire Bygmalion et que son renvoi devant le tribunal correctionnel soit requis par le parquet, l’ancien président reste en lisse. Il crie au complot, excipe de sa probité et prétend encore devenir notre nouveau président.

Fort heureusement, pour lui, Nicolas Sarkozy n’est ni brésilien, ni américain, ni suédois, ni même roumain. Chez nous, un responsable de cette trempe, on le chérit, on l’applaudit, on l’élit.

Plus personne ne devrait gober le mensonge
Pas un jour sans que l’une de ses saillies passées ou présentes ne défraie la chronique. Nicolas Sarkozy peut cracher sur ses anciens collaborateurs et ses adversaires à longueur de off, fulminer contre les journalistes "guévaristes" qui s’autorisent à lui poser des questions et changer d’avis comme de chemise sur des sujets mineurs comme le droit du sol, le réchauffement climatique ou l’appartenance de la France à l’Union européenne, rien n’y fait. Il court toujours.

La faute à qui ? Aux médias fascinés par son show ? Sans doute. Mais à ce degré d’intoxication, c’est le corps social tout entier qui manque de défense immunitaire. Plus aucun citoyen français honnêtement informé ne devrait gober le mensonge. Plus aucun politicien normalement courageux ne devrait cautionner l’imposture. Elu en 2007, battu en 2012, Nicolas Sarkozy n’aurait même pas dû figurer dans la course de 2017. Les dirigeants de l’UMP qui lui ont remis les rênes du parti en 2014, sont les grands fautifs : comment ont-ils pu éponger les mécomptes de sa précédente campagne et s’en remettre à lui, sauf par instinct de soumission clanique ?

"Les affaires finiront par le rattraper et l’empêcher de se présenter", entend-on.

Mais c’est l’inverse qui se produit. Sarkozy, le Berlusconi des Hauts-de-Seine, n’est candidat à la présidentielle que pour se tirer d’affaires. Son fracassant retour en politique ne sert qu’à occulter son destin judiciaire. En avocat qu’il n’a jamais cessé d’être, maître Sarko inverse la charge de la preuve : si les juges lui cherchent des noises, c’est qu’il s’agit de le faire taire et même, en sa personne, de museler le peuple qu’il exprime si bien…

Foin de sondages ! Ce Tartuffe est déjà gagnant à tous les coups. Si Juppé remporte la primaire puis la présidentielle, il devra lui accorder une protection en contrepartie de son soutien. Bingo... Et rebingo ! Si Sarkozy réussit son hold-up sur la primaire, il sera lavé de tous les soupçons par l’onction démocratique. Un miracle. Mais si ce revenant magnifié parvenait à se faire réélire président à la faveur d’un malentendu, il redeviendrait intouchable comme le prévoit notre grandiose Constitution et pourrait se venger de tous ceux qui lui ont manqué. Ainsi va la Gaule !