vendredi 30 septembre 2016

Et si la diminution de la population japonaise n’était pas une si mauvaise nouvelle ?

Après un pic à 128 millions d’habitants en 2008, la population du Japon a diminué à un peu plus de 127 millions. Rien que l’an dernier, la population diminuait de 215 000 personnes, mais il ne s’agit pas forcément d‘une mauvaise nouvelle.


Les séniors vivent plus longtemps et le taux de natalité chute. Les dernières statistiques montrent que 33 millions de Japonais ont 65 ans ou plus, ce qui représente à peu près un quart de la population, et plus de deux fois le nombre d’enfants âgés de 14 ans et moins.
Sur le papier, Il est assez facile d’imaginer un futur morose pour le Japon. En mai dernier, on a ainsi appris que d’ici 2040, le nombre de femmes vivant à l’extérieur des grandes villes et étant en âge de procréer (20-39) diminuerait de moitié.
La population des villes de province va fondre, l’emploi et les entreprises en milieu rural vont disparaitre, des hôpitaux vont fermer, les transports en commun seront paralysés. Ce qui reste des jeunes Japonais vont déménager vers Tokyo, Osaka ou d’autres agglomérations.
Le pire scénario prévu par les analystes les plus pessimistes étant « l’extinction du Japon. » à long terme.
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Regardez cela du bon côté, indique l’hebdomadaire Shukan Shincho daté du 30 Avril. Il pourrait effectivement il y en avoir un !
Les premiers avantages d’une diminution de la population viennent immédiatement à l’esprit. Des installations moins bondées, un rythme de vie moins frénétique, plus détendu.
Takahiko Furuta, président de l’Institut de recherche pour la société contemporaine, indique que notre « société en croissance » évolue vers une « société à maturité » – moins de croissance, mais une plus grande jouissance des fruits que l’on a fait pousser à ce jour.
La croissance ne va cependant pas forcement faner. Furuta cite à titre d’exemple le papier toilette.
La diminution de la population a déjà entraîné une baisse sensible de la demande. Imperturbables, les producteurs rivalisent d’ingéniosité afin de rendre le papier plus doux, ou plus attractif en termes de design.
Les consommateurs sont prêts à payer des prix plus élevés en échange de la qualité. Ce qui est vrai dans un secteur sera également vrai dans d’autres.
Ensuite, vient le logement. Un septième des maisons au Japon sont vacantes. Cela semble désastreux, n’est-ce pas ?
Furuta indique dans le Shukan Shincho que la Suède a connu un problème similaire il y a 30 ans, et a résolu cela avec le concept des résidences secondaires.
Posséder deux logements – un en ville et l’autre en province – est devenu normal pour ces citadins ayant rachetés ces propriétés vacantes pour une bouchée de pain.
Chaque individu pourrait être salaryman la semaine, et partir à la campagne durant le week-end et les vacances.
Furota nous rappelle que des déclins de population ont déjà eu lieu dans le passé sans causer une « extinction ».
En 1718, la population du Japon était de 30 millions de personnes. Soixante ans après, due à une série de famines, celle-ci était tombée à 3 millions.
Les famines sont terribles, mais cet épisode de dépeuplement a coïncidé avec un épanouissement culturel remarquable avec le kabuki, l’art ukiyoe et l’introduction de la médecine occidentale (le terme populaire était «études hollandaises»). Ainsi il se pourrait que le dépeuplement actuel génère de nouvelles formes culturelles encore inconnues.
Le Premier ministre Shinzo Abe et la Fédération des organisations économiques japonaises (Keidanren) ont parlé de la nécessité de maintenir la population au-dessus des 100 millions.
Furuta se demande s’ils connaissant l’origine de ces 100 millions. Il explique que cela date de la rhétorique politique durant la Deuxième Guerre mondiale.
A l’époque, cela était considéré comme la population idéale du Japon compte tenu de son ambition de conquête de l’Asie connue sous l’euphémisme « sphère de coprospérité de la Grande Asie orientale ».

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