mercredi 24 août 2016

Eloge de la lenteur, ou la nécessité de ralentir pour le bien de la famille

              
repas-en-familleEntre le cours de violon et l’entraînement de sport, les enfants ont de moins en moins de temps pour… être des enfants, tout simplement. Et si on leur laissait la chance d’explorer le monde à leur propre rythme? Regard sur un phénomène qui prend son temps: le slow parenting.
Le slow parenting est un mouvement qui fait l’éloge de la lenteur, à l’époque où les familles vivent à un rythme plus effréné que jamais.
Le slow parenting n’implique pas de tout faire à un rythme désespérément lent. Il s’agit plutôt de mener la vie qui nous convient, tout simplement, précise Bernadette Noll, qui  a fondé l’organisation étasunienne Slow Family Living avec la psychologue Carrie Contey. «Il faut se demander continuellement si ce qu’on fait fonctionne pour nous, dit-elle. Nous pouvons nous poser cette question souvent, chaque semaine s’il le faut. Si la réponse est oui, continuons ; mais si on répond par la négative, il faut trouver des façons d’y remédier, petit à petit.»
L’idée n’est pas nécessairement d’en faire moins, mais plutôt de le faire différemment, poursuit Mme Noll.
«Je ne crois pas que l’essence du slow parenting soit de ne plus s’engager dans des activités. L’important est plutôt que, même durant ces moments, nous ayons la capacité d’être présents. Ça ne prend pas d’immenses morceaux de temps pour trouver la connexion que nous recherchons.»
Selon elle, cette connexion entre les membres de la famille peut être établie par de petits moments volés ici et là dans le feu de l’action. «Par exemple, si, après le travail, on doit aller chercher les enfants à l’école puis les reconduire quelque part, au lieu de presser tout le monde pour se rendre au prochain endroit, on peut prendre le temps de se poser pendant 30 secondes ou une minute. Ou encore, prendre quelques moments pour se regarder dans les yeux le matin, au lieu de courir partout.»
Aussi, si les horaires des activités sont trop contraignants, on peut les adapter pour qu’ils nous conviennent. Par exemple, les cours de football devenaient un vrai casse-tête à gérer pour la famille de Bernadette Noll.
Quelques autres familles du voisinage et elle ont démarré une ligue «informelle» où ils jouaient pour le plaisir, au moment qui leur convenait le mieux. «Tout le monde participait : les parents, les enfants. Alors, au lieu de voir le sport représente une plage de temps où nous ne faisions que déposer chaque enfant sur un terrain différent, c’est devenu un moment privilégié où nous pouvions échanger entre nous.»
Cet allègement d’horaire ne peut qu’avoir des retombées positives sur les enfants, croit Carl Honoré, un Canadien établi à Londres qui a publié plusieurs livres sur la lenteur. «Les parents doivent faire un pas en arrière et donner aux enfants l’espace et le temps d’interagir avec le monde, selon leurs propres termes ; de commettre des erreurs, et même de se blesser parfois», énonce-t-il. Ainsi, on leur donnera la chance de découvrir eux-mêmes qui ils sont, plutôt qu’ils se conforment à ce qu’on attend d’eux, affirme M. Honoré, lui-même père de deux adolescents.
Il déplore que les enfants d’aujourd’hui aient moins de temps à consacrer à des jeux libres, non structurés. «C’est un vrai problème, car ce type de jeux est essentiel à leur développement. Cela contribue à façonner leur cerveau, leur apprend à être inventifs, et même à trouver un sens à notre monde, ainsi que la place qu’ils y occupent.»


Techno, mais pas trop
Bien sûr, la technologie joue un rôle dans l’accélération de nos vies et, par conséquent, dans notre présence moins soutenue. «Ce n’est pas vrai que notre esprit peut être dans deux conversations à la fois», croit Bernadette Noll.
Heureusement, comme le souligne Carl Honoré, ces petites machines ont un bouton Arrêt qu’il ne faut pas hésiter à enfoncer. «Nous pouvons utiliser la technologie intelligemment, dans l’esprit de la lenteur, et en tirer le meilleur parti», suggère-t-il.
Selon Bernadette Noll, ces moments où nous sommes totalement présents contribuent aussi à bâtir une relation privilégiée avec nos enfants. «Quand on y pense, la proportion du temps où nous vivons tous sous le même toit est très courte par rapport à l’échelle de notre vie, dit-elle. Alors passer du temps avec nos enfants chaque jour, nous assure que cette connexion soit bien en place et qu’elle perdure lorsque nous ne vivrons plus ensemble.»
Ce sont également ces moments précieux qui se graveront dans la machine à souvenirs, selon Carl Honoré. «Et non lorsque nous brûlons un feu rouge pour arriver à temps à la pratique de hockey…»
Alors qu’on souhaite donner une enfance privilégiée à nos enfants en leur faisant faire le plus de choses possible, le bonheur pour eux est peut-être beaucoup plus simple, selon Bernadette Noll.
«Je crois que si on demande à n’importe quel enfant ce qu’il désire le plus, il va probablement vouloir passer du temps avec ses parents, et avoir un peu d’attention de leur part», conclut-elle.
Quelques trucs pour ralentir
Comment appliquer les principes du slow parenting dans le quotidien? Voici quelques trucs concrets que Carl Honoré, roi de la lenteur, donne aux familles. Première recommandation: ne pas suivre toutes les recommandations, car l’idée reste d’alléger son horaire!
• Placez les pièces d’un gros casse-tête quelque part dans la maison et laissez la famille (ou les visiteurs) l’assembler sur une échelle de plusieurs jours.
• Désignez certaines heures dans la journée où les écrans sont interdits et, durant cette période, placez tous les téléphones, tablettes et autres appareils électroniques dans une «boîte à gadgets».
• Consacrez une soirée par semaine à faire quelque chose d’agréable et relaxant en famille: regarder un film en mangeant du pop corn, jouer à des jeux de société, inventer des charades…
• Mangez tous ensemble (avec les appareils électroniques éteints) au moins une fois par jour.
• Encouragez les enfants à se retrousser les manches et à travailler dans le jardin : planter, arroser et nourrir quelque chose de comestible (ou de non comestible).
• Réglez l’alarme 10 minutes plus tôt chaque matin, pour que toute la famille puisse commencer la journée de manière plus détendue.

P. M. Astiguerta

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