lundi 18 juillet 2016

J'ai un job à la con 9/9 : "Sur mes 35 heures, dix ne servent à rien"

Grégoire, 28 ans, chargé de mission

Grégoire gère de la paperasse pour le Fonds social européen et se demande si, derrière les tableurs, la machine ne tourne pas à vide.

« Sur le papier, mon boulot est utile. Des profs, des assos, des collectivités locales, demandent un financement de l’Union européenne pour organiser des cours particuliers pour les élèves "décrocheurs" ou des formations de français pour des chômeurs.

J’aide à mettre en forme les dossiers de financement, qui font de 40 à 70 pages. Je suis une sorte de moustique relou, qui quémande de la paperasse. L’idée est bien sûr d’éviter les magouilles. Mais on a surtout l’impression d’un fonctionnement formel.

On remplit des cases. On complète des tableurs. Personne ne prend le temps de les analyser. Personne ne se demande si les projets sont utiles. Et on ne fait qu’effleurer la surface. Sans jamais s’attaquer aux racines des inégalités.

Pour justifier des dépenses de personnel, on doit récupérer les fiches de paie, calculer le coût employeur et le multiplier par le nombre d’heures travaillées sur le projet. Mais attention, on doit enlever les primes qui ne sont pas remboursables. Ouf ! Le plus lourd reste encore le pointage, les feuilles d’émargement. On demande la liste complète des participants, avec des infos très précises.
Ce moule favorise les gros projets qui "consomment bien". Les plus petits ont du mal à dégoter les sous. Pourtant, ils sont sûrement plus efficaces.

En plus de cela, je m’ennuie. Sur mes 35 heures, il y en a bien dix qui ne servent vraiment à rien. J’en fais des insomnies. Dans la nuit du dimanche au lundi, je me dis : "Ce n’est pas comme ça que j’imaginais ma vie." Je ne vois pas l’utilité que j’ai par rapport à un prof. Quand je pense que les boulots les plus utiles sont souvent les moins bien payés…

Des tâches pourraient être expédiées bien plus vite ou carrément automatisées. Mais on préfère maintenir ces "bullshit jobs" pour favoriser la consommation. ».