vendredi 17 juin 2016

Manif du 14 juin : la démonstration de force des autonomes

Depuis le début du mouvement de contestation contre le projet de loi Travail, un groupe de manifestants autonomes prend la tête du cortège. La journée de mobilisation nationale organisée ce mardi 14 juin n'a pas échappé à cette règle. Mais cette fois, le nombre des manifestants radicaux était nettement plus important que d'habitude, donnant du fil à retordre à des forces de l'ordre dépassées... 

« Black bloquons tout ». Ce message tagué des dizaines de fois sur le trajet de la manifestation contre la loi Travail, ce mardi 14 juin, résume à lui seul l’état d’esprit qui régnait en tête de cortège. Rien de nouveau, a priori. Depuis le début de la contestation initiée dans la rue le 9 mars, des militants violents prennent la tête de la marche. En rang serré derrière des banderoles renforcées – elles sont faites en toile épaisse et équipées de poignées – , ils imposent leur tempo, attirant toujours plus de monde dans leur sillage. 

Cagoulés et vêtus de noir ; en civil mais équipés de foulards et de lunettes de piscine pour se protéger des gaz ; affublés de casques flanqués de la croix rouge des « street medics », ils avancent en scandant leurs slogans : « Parce que nos vies valent plus que leur profit, retrait, retrait de la loi El Khomri » ; « Paris debout, soulève-toi » ; « Tout le monde déteste la police » ou « Qui ne saute pas est au PS ». Depuis maintenant plus de trois mois, c’est devenu un rituel. Tous ceux qui dans la manif se retrouvent devant le savent : ils risquent de prendre des coups, d’être blessés, parfois grièvement, ou d’être interpellés, souvent violemment, par des policiers tendus et sous pression. Selon la préfecture de police, 58 manifestants ont été arrêtés ce mardi, plusieurs dizaines d’autres ont été blessés dont au moins un grièvement. Ce dernier aurait été victime d’un tir de grenade qui l’aurait touché dans le dos. 

L'hôpital Necker touché 
Mais ce 14 mars, le groupe de tête, aussi appelé cortège autonome, était plus que jamais présent. Un ou plusieurs milliers ? Difficile à dire. Néanmoins, le nombre de ceux qui ont choisi l’anonymat du « bloc » ou qui ont pris le parti de l’appuyer dans sa démonstration de force est inédit. Des hommes, des femmes, des jeunes, des moins jeunes, des actifs, des chômeurs, des syndicalistes, des militants aguerris, des lycéens, ainsi que quelques étrangers (Allemands, Italiens, Anglais)… unis comme un seul homme. 

Autre nouveauté de cette journée de mobilisation nationale – les autorités évoquent le chiffre peu vraisemblable de 125.000 participants contre celui manifestement surestimé de 1,3 million d'après la CGT : les adeptes de la casse et les fous de la caillasse étaient eux aussi nombreux au début de la manif. Très nombreux. 

Équipés de marteaux brise-vitre, de bombes de peinture et de projectiles en tout genre, ils ont détruit les vitrines de la quasi-totalité des banques, agences immobilières, abribus ou panneaux publicitaires qui se trouvaient sur le parcours. Soit du boulevard Arago jusqu’à l’esplanade des Invalides, en passant par le boulevard Montparnasse. Un Starbuck, un laboratoire d’imagerie médical, un Franprix, une boutique Rip Curl, des fenêtres du ministère de l’Outre-mer ou même de l’Hôpital Necker ont subi le même sort. Concernant ce dernier, la ministre de la Santé, Marisol Touraine a réagi sur Twitter, fustigeant une « attaque insupportable de casseurs contre l’hôpital Necker ». Rien n’indique pour autant que l’institution publique ait été directement visée. Au même endroit se trouvaient des policiers positionnés de manière à barrer la rue Duroc. Eux, en revanche étaient bel et bien la cible des « ultras ». 

Conscients que de nombreux manifestants parisiens, banlieusards mais aussi rennais ou nantais, viendraient nourrir les rangs agités du « bloc », les pouvoirs publics ont vu grand. Une vingtaine de compagnies de CRS et d’escadrons de gendarmes mobiles ont été mobilisés, sans compter l’important renfort de policiers et la présence d’un camion à eau anti-émeute. Disposées à l’avant de la manifestation ainsi que sur les côtés et dans l’ensemble des rues croisant le défilé, les forces de l’ordre étaient présentes tout au long du trajet. Et pourtant, elles ont éprouvé une grande difficultés à contenir la détermination des adeptes du débordement. 

Nouveaux débordements place de la République 
Les premiers affrontements, très intenses, ont eu lieu dès 13h30, à proximité de l’hôpital militaire du Val-de-Grâce. Gaz lacrymogènes et coups de matraques contre mortiers, feux d’artifice et projectiles en tout genre (batteries, morceaux de macadam, pierres, cocktails Molotov). A plusieurs reprises, les hommes en bleu, lancés dans des charges contre la première ligne des manifestants en noir, ont été contraints de reculer. Là aussi, c'était du jamais-vu à Paris. Selon la préfecture de police, 29 policiers ont été blessés au cours de la journée. Contre onze du côté des manifestants, un chiffre qui quelque peu fantaisiste au regard du nombre de personnes que nous avons vues salement amochées – pas moins de neuf. 

Le début de la manifestation est arrivé sur l’esplanade des Invalides autour de 16h30, soit 4 heures après le départ. Pendant ce temps, le gros des troupes d'opposants au projet de loi battait encore le pavé. Mais le « black bloc », lui, s’était dissous – il suffit d'une poignée de minutes au manifestant en noir pour enlever son accoutrement de « casseur » et se fondre dans la foule. En faisant le trajet de la manif en sens inverse, on pouvait voir les traces laissées sur son passage par cette masse d'anonymes. Notamment les innombrables phrases inscrites à la bombe sur les murs du boulevard des Invalides. Petit florilège : « Nous sommes les indigènes d’une colonie intérieure devenue incontrôlable », « Nous sommes en marche, pas en marge », « Quand le gouvernement ment, la rue rue ». Ou encore : « Jusqu’ici tout va bien. Ce qui compte c’est pas la loi Travail c’est l’insurrection qui vient »

Plus tard dans la soirée, certains de ces manifestants radicaux ont continué à faire entendre leur petite musique. Place de la République, une voiture de la RATP a ainsi été incendiée par un groupe masqué qui a ensuite filé en direction du quartier de Belleville. Arrivés rue Saint-Maur, les mêmes ont incendié deux voitures Autolib avant de s'en prendre à la vitrine d’un supermarché. Selon les témoins que Marianne a interrogés sur place, ils étaient entre 100 et 200. Habillés en noir, ils scandaient un même refrain : « anti-anti-anticapitaliste ! » Quand la police est arrivée sur les lieux, ils s'étaient déjà évanouis dans la nature.