mercredi 1 juin 2016

L’effet de mode des bourgeois devenus radicaux

Dans le dernier numéro de la revue Éléments, Paul Matilion a écrit un article intitulé « Les jeunes intellectuels à l’assaut du vieux monde ». Ce titre enchanteur et qui nous interpelle amène à penser que l’article en question va bien traiter de ce qu’il est dit en sous-titre, à savoir des revues, blogs et cercles qui apportent une « critique radicale du matérialisme de la société de consommation », c’est-à-dire une critique qui porte sur la racine du problème, et non seulement sur la conséquence. A l’image de l’islam en France, qui est une conséquence, tandis que les causes sont l’immigration et les grands cartels libéraux ayant fait venir de la main d’œuvre à bas coût. 

En poursuivant, l’auteur évoque ces différents groupes en tant que tenants d’idées non conformistes, « hors institution, dans l’horizontalité des réseaux sociaux, dans les marges de l’establishment », ainsi que Michel Maffesoli le dit lui-même et que cite l’auteur. 

Une lecture avec délectation semble survenir à l’idée des premières lignes écrites. Cependant, que sont ces groupes non conformes ici présents ? D’abord Philitt, qui a un site internet intéressant et développe de bonnes questions sur la société libérale, la revue littéraire Accattone, dont je vous prie de bien vouloir m’excuser la totale ignorance à leur propos. Bien sûr Rébellion, mais il faut leur admettre un travail acharné et très intéressant sur la question sociale et révolutionnaire. 

Ce qui semble d’autant plus étonnant est la présence dans cet article de la revue Limite. Cette revue veut apporter un nouveau regard semble-t-il sur l’écologie intégrale, teintée des idées (et influencée peut-être) de Tugdual Derville, qui voulait fonder un groupe sans en être un, et un club de pensée sans en être un non plus (de son propre aveu…) appelé l’écologie humaine. Cette revue a pris naissance à la suite de la Manif pour Tous dont il ne faut pas oublier qu’elle est dirigée en partie par Gautier Bès de Berc, liée fortement à l’organisation de la Manif pour Tous, où les deux maîtres mots étaient famille et délation (ce qu’on appelle un oxymore dans le vocabulaire militant puisqu’un camarade est un frère). 

Autre cercle cité, le cercle Kairos, qui est né en 2015, où le public est vraiment très hétéroclite. 

Enfin, est cité le cercle de réflexion de l’association Contre courant, créé en 2014, ayant fait venir Vincent Cheynet à Sciences Po, un décroissant bien connu aujourd’hui. 

Il est intéressant d’avoir un panoptique sur ces nouveaux cercles qui se créent. Cependant, l’expérience très courte de ces groupes les amène néanmoins à une relative notoriété, à l’image de la revue Limite dont la publicité a aussi lieu dans les médias mainstream, ce qui amène à se poser la question de leur réelle appropriation des idées non conformistes, car souvent, ces nombreux groupes tiennent peu la route. En effet, dans le monde militant, de nombreuses personnes passent, essaient de se faire connaître, puis disparaissent ou trouvent leur place là où il faut, chez ceux qui retournent leur veste, le monde radical et non conforme étant seulement un pis-aller pour eux. La plus belle illustration de cette engeance est bien Madeleine de Jessey, qui s’approprie le titre de créatrice des Veilleurs pour finir par appliquer à la lettre les desiderata de la politique des Républicains… 

Quid dans cet article des groupes et cercles de réflexion non conformes qui effectuent ce travail bien avant 2013, bien avant la Manif pour Tous et autres événements. Je pense bien sûr au Cercle Non Conforme organisant de nombreuses conférences sur le sujet, le cercle Dextra qui organise des conférences hebdomadaires depuis six ans, avec Georges Feltin-Tracol qui a traité des « non-conformistes des années 30 », ou encore de la webradio Méridien Zéro. Ce travail est effectué constamment et en permanence, dans un seul but : apporter une réponse face à la déliquescence de notre société et au déclin tant moral que politique liée à un libéralisme qui est bel bien subversif pour nos familles, nos amis, et pour nos vies. 

Certains diront que c’est une crise d’ego qui touche l’auteur de ces propos, simplement, après des années de lutte, de collages, de tractages, d’insultes et de coups, il serait temps de rendre à César ce qui appartient à César, la reconnaissance. Ces jeunes « intellectuels », ne sont que des intellectuels, les fesses collées à une chaise à refaire le monde à Sciences Po ou dans un appartement confortable du 7ème arrondissement, et veulent nous parler de socialisme et d’écologie intégrale alors qu’ils sont pollués par les médias dominants. 

Parce que l’opportunisme apparaît aussi chez les « intellectuels non conformes », il faut se méfier des effets de mode, sortir de son pré carré, de vouloir faire des revues en papier glacé (pas recyclable du tout) afin d’appréhender la réalité des circonstances présentes. Chacun y va de son petit cercle ou de sa petite revue parce qu’à la différence des groupes installés depuis des années dans ce milieu, le Je a pris le pas sur le Nous. Mais c’est un Je timide, quand il faut un Nous enraciné, dont les racines profondes se mêlent à la communauté. 

Face à ces cercles, il faut répondre une chose, être intellectuel certes, mais comme dirait Maurras, « il faut être intellectuel et violent »

Nicolas Pralude pour le Cercle non conforme