mercredi 22 juin 2016

Le contrôle du trafic aérien des drones sera automatisé


La mise en place d’un trafic aérien organisé et contrôlé s’impose désormais comme un préalable indispensable pour assurer le décollage commercial des drones. Dans une étude publiée le 9 mai, PwC (PriceWaterhouseCoopeers) évalue à 127 milliards de dollars en 2020 le marché mondial des activités liées aux drones mais cite en bonne place, parmi les conditions sine qua non à remplir, l’organisation sécurisée du trafic des drones dans l’espace aérien. La réglementation, en effet, ne peut suffire à faire évoluer sans risque des drones au-dessus de nos têtes: il faut que chaque appareil puisse se faire reconnaître des autres aéronefs et s’inscrire dans le grand-huit d’une régulation du trafic qui ne pourra être qu’automatisée. 

La multiplication des signalements de drones évoluant dans des zones où ils n’ont rien à faire mais aussi et surtout la pression exercée par les initiateurs de grands projets (livraisons par voie aérienne, activités de surveillance ou d’inspection des infrastructures, entre autre) incitent les différents acteurs à se concerter. Un premier pas a été réalisé fin avril à Genève. Les représentants d’une soixantaine d’administrations de l’aviation civile (dont la DGAC française et ses homologues britannique, allemande, suisse, italienne ou belge), de fabricants de drones (Parrot, DJI, DelairTech), de sociétés de services (Airmap, Matternet, PrecisionHawk, Nokia) ainsi que plusieurs laboratoires universitaires chinois se sont accordés pour constituer « un groupe de standardisation du trafic des drones civils ». Organisée sous l’égide de DroneApps, structure proche de l’Ecole Polytechnique de Lausanne, cette initiative vise à créer une interface au sein de laquelle les différents acteurs pourront confronter leurs contraintes et déterminer la meilleure façon d’organiser le trafic. Les groupes de travail formés à Genève et qui entameront leurs travaux cet été se pencheront notamment sur le type de transpondeur qui permettra d’identifier un drone ou encore sur le partage d’informations météo. « Il existe une forte demande en faveur d’une organisation globale de l’espace aérien en dessous de 150 mètres. Les autorités de régulation ont besoin de savoir ce qu’il est possible de réaliser techniquement et les entreprises ont besoin de connaitre les standards qu’elles devront appliquer » estime Benoit Curdy, l’un des animateurs de DroneApps. « Autant éviter les affres de l’affrontement des normes que l’on a connu dans la vidéo ou la téléphonie mobile» insiste-t-il.

S’agissant de la mise en place d’un mode automatisé de régulation du trafic, le leader technologique incontesté est la Nasa. L’agence spatiale américaine semble avoir pris une nette avance dans la conception d’un système dit « sense and avoid » (« repérer et éviter ») permettant aux engins sans pilote de modifier automatiquement leur trajectoire afin d’éviter un obstacle, fixe ou mobile. Mi-avril, la Nasa est parvenue à faire voler simultanément 22 drones dans le cadre d’un contrôle automatisé, en liaison avec la FAA (Federal Aviation Administration). En revanche, la Nasa ne peut se poser comme creuset d’une concertation mondiale associant des interlocuteurs américains mais aussi européens et chinois. Ce qui laisse un espace aux initiatives comme celle de DroneApps. Cependant, ces contraintes n’empêchent pas les autorités américaines de pousser les feux sur l’organisation de l’espace aérien. La FFA vient tout juste de nommer le directeur général d’Intel, Brian Krzanich, à la tête d’un comité consultatif chargée de « proposer des stratégies d’intégration » afin d’insérer les engins volants sans pilote dans l’espace aérien.