dimanche 19 juin 2016

Brexit : «Depuis le meurtre de Jo Cox, je sens que le vent a tourné»

Alex Taylor, journaliste britannique qui travaille en France commente la campagne référendaire en Grande-Bretagne. 

Quarante-huit heures après le meurtre de la députée Jo Cox, la campagne référendaire n’a toujours par repris en Grande-Bretagne. Pour Alex Taylor, fervent partisan du maintien dans l’Union européenne, cet épisode tragique peut avoir un effet sur le résultat final. 

Connaissiez-vous Jo Cox ? 
ALEX TAYLOR. Non. Très franchement, jusqu’à jeudi, son nom ne me disait rien. C’était une nouvelle élue, parlementaire depuis 2015. Au départ, je me suis dit qu’il s’agissait de l’acte d’un déséquilibré. Je suis revenu sur mon opinion depuis que j’ai vu le traitement colossal de cette affaire dans les médias britanniques. On ne parle que de ça au Royaume-Uni . Jo Cox avait l’air d’être une femme remarquable. Alors que les derniers sondages prédisent une victoire du non à l’UE, son assassinat par un militant pro-Brexit peut-il changer la donne ? Oui, c’est possible. Car, malheureusement, cet acte fou est symbolique de l’ambiance délétère qui a marqué cette campagne. Prenez, par exemple, la dernière affiche des souverainistes de l’Ukip, formation hostile à l’Europe. On y voit un flot de réfugiés syriens se diriger vers la Grande-Bretagne avec cette légende : « L’UE nous a tous trompés. » Quand on sait que le pays n’a accueilli qu’un peu plus de 2 000 personnes, on perçoit mieux la tromperie… J’ai lu que Jo Cox se battait pour le droit des réfugiés syriens, cela remet les choses en perspective. 

Qu’est-ce qui va jouer dans la dernière ligne droite ? 
Quand vous prenez les différentes enquêtes d’opinion, environ 10 % des sondés sont encore indécis. Si ces gens-là comprennent que le camp du Brexit remue des peurs infondées, comme cette contre-vérité à propos des Syriens, ils seront peut-être tentés de choisir la solution de la raison. Je suis redevenu optimiste. Depuis cet horrible meurtre, je sens que le vent a tourné. Les gens vont se ressaisir. 

Mais les Britanniques ont toujours été eurosceptiques. N’est-ce pas l’occasion pour eux de tourner définitivement la page ? 
Ils ont peur des migrants européens qui arrivent dans le pays et c’est vrai qu’il y a des problèmes. Mais la libre circulation, ça marche dans les deux sens. Il y a deux millions de Britanniques hors de nos frontières. Vont-ils perdre tous leurs droits après une éventuelle sortie ? Cela fait réfléchir. Sans compter qu’un Brexit serait désastreux sur le plan économique.