lundi 30 mai 2016

Nous autres révolutionnaires sommes à la fois l’enjeu et la cible de l’offensive permanente qu’est devenu le gouvernement


S’il s’agit pour les insurgés de mener, contre le gouvernement, une guerre asymétrique, c’est qu’il y a entre eux une asymétrie ontologique, et donc un désaccord sur la définition même de la guerre, sur ses méthodes comme sur ses objectifs. Nous autres révolutionnaires sommes à la fois l’enjeu et la cible de l’offensive permanente qu’est devenu le gouvernement. Nous sommes « les cœurs et les esprits » qu’il s’agit de conquérir. Nous sommes les foules qu’on entend « contrôler ». Nous sommes le milieu dans lequel les agents gouvernementaux et qu’ils comptent mater, et non pas une entité rivale dans la course au pouvoir. Nous ne luttons pas dans le peuple « comme un poisson dans l’eau » ; nous sommes l’eau même, dans laquelle pataugent nos ennemis – poisson soluble. Nous ne nous cachons pas en embuscade dans la plèbe de ce monde, car c’est aussi bien en nous que la plèbe se cache. La vitalité et la dépossession, la rage et les coups de vice, la vérité et la feinte, c’est du plus profond de nous-mêmes qu’ils jaillissent. Il n’y a personne à organiser. Nous sommes ce matériau qui grandit de l’intérieur, s’organise et se développe. Là repose la véritable asymétrie, et notre réelle position de force. Ceux qui, au lieu de composer avec ce qu’il y a là où ils se trouvent, font de leur foi, par la terreur ou la performance, un article d’exportation, ne font que se couper d’eux-mêmes, et de leur base. Il n’y a pas à ravir à l’ennemi un quelconque « soutien de la population » ni même sa passivité complaisante : il faut faire en sorte qu’il n’y ait plus de population. La population n’a jamais été l’objet du gouvernement sans être d’abord son produit ; elle cesse d’exister en tant que telle dès qu’elle cesse d’être gouvernable. C’est tout l’enjeu de la bataille qui fait sourdement rage après tout soulèvement : dissoudre la puissance qui s’y est trouvée, condensée et déployée. Gouverner n’a jamais été autre chose que dénier au peuple toute capacité politique, c’est-à-dire prévenir l’insurrection.

Comité invisible, A nos amis