jeudi 26 mai 2016

L’extrême droite et l'écologie 1/9

L’intérêt d’une certaine extrême droite pour l’écologie a des origines anciennes. Le partage de thématiques communes favorise les ponts avec d’autres courants de l’écologie, notamment à gauche1, qui tendent malheureusement à se développer largement depuis quelques années, au cœur même de nos mouvements. Petit tour d’horizon de la mouvance. Les fondements théoriques de l’écologie d’extrême droite L’intérêt d’une certaine extrême droite pour l’écologie a des origines anciennes, notamment en France, et avant même que le mot « écologie » ne soit popularisé. L’invocation des lois naturelles (héritage du catholicisme), du retour à la nature contre la ville qui pervertit est une vielle antienne réactionnaire mise en avant au tournant des 19e et 20e siècles par des traditionnalistes comme Maurice Barrès, tandis que Charles Maurras prônait déjà une forme de régionalisme alliant relocalisation de l’économie et retour aux racines(...) Ces deux manières de défendre l’existence de lois naturelles censées régir la vie humaine ont servi à justifier le repli sur soi et la nécessaire défense du corps social contre ce qui lui est étranger. Par la suite, Vichy, tout en menant une politique de développement industriel planifiée, a tenté, sans grand succès, de promouvoir un programme de retour à la campagne et sa propagande a toujours mis en avant cette idée que « la terre ne ment pas ». Bien plus tard, quand le mouvement écologiste se structure à partir de la fin des années 1960, l’une de ses principales références intellectuelles est le libéral Bertrand de Jouvenel, ancien militant d’extrême droite dans les années 1930. Le rapport mystique à la terre et à une forme d’ordre naturel transcendant a été porté à l’extrême dans certains cercles occultistes et néo-païens allemands dans l’entre-deux-guerres, comme la Société Thulé, fondée par Alfred Rosenberg, eux-mêmes héritiers du courant völkisch de la fin du 19e siècle. (...) Aujourd’hui, le mouvement Terre et Peuple animé par Pierre Vial continue de se réclamer en France du mouvement völkisch et du néo-paganisme. Du côté du fascisme italien, c’est le théoricien Julius Evola qui a fait le pont entre mysticisme et critique de la modernité, se référant entre autres à l’hindouisme et au bouddhisme. Evola est justement une des références de la Nouvelle Droite. Si a priori toutes ces idées n’ont pour la plupart qu’un rapport très lointain avec l’écologie politique, elles servent néanmoins de base philosophique à l’extrême droite pour justifier son intérêt pour l’écologie. De plus, on les retrouve encore souvent, au moins partiellement, dans les courants qui allient écologie et mysticisme. Aujourd’hui, il existe un courant écofasciste très minoritaire qui rêve d’instaurer un régime autoritaire à la faveur de la crise écologique, seul à même selon lui d’opérer la nécessaire transition vers une société post-industrielle en imposant les « sacrifices » nécessaires : retour à un mode de vie plus « simple » et réduction de la population via le malthusianisme mais pouvant aller jusqu’à l’eugénisme et l’élimination des humains jugés surnuméraires. Son principal théoricien est le Finlandais Pentti Linkola. En parallèle, le spectre d’une dictature écofasciste sert de figure repoussoir à nombre d’écologistes humanistes soucieux de mettre en garde contre ce risque.

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