mardi 17 mai 2016

L'eau sera un facteur limitant la croissance démographique et économique de ces prochaines années

 Même sans effets climatiques, l'agriculture moderne semble déjà être à un point de rupture, et ce pour plusieurs raisons. 
     Commençons par l'eau : dans le monde, 97,5% de l'eau est de l'eau de mer, eau salée et donc non propice à la consommation ni à l'agriculture. Des 2,5% d'eau restante, 68,9% se trouvent sous forme de glace, 30,8% dans des nappes phréatiques et des eaux souterraines et seulement 0,3% se rencontrent sous forme de précipitations, de lacs et de rivières. 
     Un humain normal consomme 4 litres d'eau par jour sous une forme ou une autre dans ses boissons et ses aliments. Or, pour produire notre nourriture, il faut 2 000 litres d'eau par personne soit 500 fois plus ! Ceci explique pourquoi 70% de l'eau douce est utilisée pour l'irrigation, 20% pour l'industrie et 10% seulement pour la consommation humaine (eau potable, nettoyage et hygiène). 
     La demande en eau pour l'agriculture est en croissance exponentielle car elle suit la progression de la population. Plus il y a de gens, plus ils doivent manger, plus il faut de l'eau. Or, tout montre que nous avons déjà atteint la limite : l'irrigation est si intensive que de plus en plus de rivières dans le monde n'arrivent plus à couler jusqu'à leur embouchure. C'est le cas de la rivière Colorado aux États-Unis ou de la Rivière Jaune en Chine. 
     L'eau des nappes phréatiques, ou eau fossile, qui prend des siècles à se constituer et à se purifier, une fois utilisée, n'est plus là. Ces nappes sont pompées, bien au-delà de leur capacité de renouvellement et, très bientôt, ne pourront plus apporter l'eau aux populations qui en dépendent. L'eau est également une ressource relativement limitée et peu équitablement répartie. Si l'eau est abondante dans certaines parties du monde, un tiers de la population mondiale vit dans des régions où l'eau manque. Et cela va empirer : la plupart des 21 millions de puits de l'Inde sont sur le point d'être totalement à sec ; au Pakistan, en Arabie Saoudite, dans l'Ouest et le Sud-Ouest des États-Unis, en Espagne, en Afrique du Nord et en Afrique sahélienne, les nappes phréatiques se sont taries. Il faudra pomper toujours plus d'eau, plus profondément, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement et qu'il ne soit plus possible de maintenir les cultures de ces régions. Cela aura un impact sur la production de nourriture. On estime que 15 à 35% de l'agriculture mondiale est déjà au bord de la déficience chronique d'eau douce d'irrigation. Que feront ces millions de paysans ? Que feront ces milliards de personnes sans nourriture ? Vont-elles attendre sagement l'aide alimentaire, se révolter ou émigrer ?
     On peut bien sûr dessaler l'eau de mer, si on y met beaucoup d'énergie, donc du pétrole, et si on peut payer le prix de l'installation technique. Une note d'espoir est le relatif succès d'initiatives destinées à apporter de l'eau potable et des conditions d'hygiène ne polluant pas les sources d'eau à travers le monde. Mais pour continuer à progresser dans cette voie, il faudrait trouver 100 milliards de dollars par an alors que le budget annuel mondial de ces projets n'est que de 4,5 milliards. Le paysan pauvre ne fait pas le poids par rapport à Wall Street !
     L'eau sera un facteur limitant la croissance démographique et économique de ces prochaines années. L'épuisement programmé des énergies fossiles a déjà donné lieu à des guerres pour le pétrole. On peut s'attendre à des guerres pour l'eau, notamment entre Inde, Bangladesh, Chine et Pakistan, entre Chine, Vietnam, Laos et Birmanie, entre Turquie, Irak et Syrie, entre Égypte, Soudan, Éthiopie et Ouganda, entre Israël, Liban, Jordanie et Palestine, entre Guinée, Mali, Niger, Bénin et Nigeria etc.

Piero San Giorgio, Survivre à l'effondrement économique