lundi 23 mai 2016

J'ai un job à la con 1/9 "Je ne travaille pas, je m'occupe".

Claire*, 24 ans, contractuelle de la fonction publique
Claire passe ses journées sur Facebook. 
Un dimanche soir, devant sa boîte mail vide, elle a fondu en larmes.

« J’envoie des questionnaires à des étudiants. "Que pensez-vous de votre faculté ?", "De vos cours ?" Sauf que ça se fait sur demande, que j'en reçois très peu et qu'à traiter, ça me prend littéralement dix minutes.

Quand je travaille, je sors parfois des statistiques sur de tout petits échantillons. Lorsque dix étudiants sur 900 répondent, ça ne veut pas dire grand-chose… Je ne suis même pas chargée de faire un bilan. Il se fait automatiquement. Et les universitaires en font ce qu’ils veulent.

Il peut m'arriver de faire des semaines à zéro heure de travail effectif. Je ne travaille pas, je m’occupe. Il m’a fallu quelques mois pour franchir la barrière de Facebook au boulot, mais un jour j’ai craqué. Maintenant, je suis méthodique dans mon ennui : Facebook, Instagram, Twitter.

Mon responsable m’a surpris plusieurs fois mais il ne dit jamais rien. J’en viens à espérer que les techniciens me gaulent. Je pourrais enfin tout déballer. Après notre discussion du matin, avec les collègues, on se dit "bon courage". C’est symptomatique quand même.

J’en ai parlé à mon n+1. Mais il ne fait que hausser les épaules. Quand un chef de service obtient un nouveau contrat, ce dernier symbolise une "reconnaissance" de la direction. Et les RH n’ont aucune idée de ce qu’il y a concrètement derrière l’intitulé des missions.

Psychologiquement, je suis à bout. Un dimanche soir, j’ai vu que j’avais zéro mail pour le lendemain. Je me suis mise à pleurer. "Merde, je n’ai pas fait six ans d’études pour ça." N’importe qui peut me remplacer en dix minutes. Le déclassement est violent. Bientôt, le formulaire de questions sera pré-rempli. Je n’aurai plus qu'à valider…

Mon père ne comprend pas. "De quoi tu te plains ? T’as le cul sur une chaise." Mais le travail prend de plus en plus de place dans nos vies, on ne peut plus le laisser sur le seuil de la porte. Il faut s’y épanouir. C’est vital. »

* Pour préserver l'anonymat, tous les prénoms ont été changés.