mardi 3 mai 2016

Brétigny-sur-Orge : les Famas des dealeurs avaient été volés à la base aérienne


Cinq fusils d’assaut Famas et un pistolet automatique Mag I avaient été subtilisées à la base aérienne 217, à Brétigny. Trois ans après la découverte de ce vol qui fait désordre, six hommes et une femme, âgés de 26 à 33 ans comparaissent, ce lundi, devant le tribunal correctionnel de Paris, pour vol et trafic d’armes en bande organisée.

Il est 8 heures, le 27 février 2013 lorsque le sergent-chef chargé de la salle d’armes découvre que ces six armes manquent aux râteliers alors qu’aucune effraction n’a été constatée. Au total, il y avait dans cette salle 42 fusils et 8 pistolets. Des recherches sont entreprises sur la base et dans les voitures. En vain. L’alerte est donnée à 15 h 10 et la section de recherches de la gendarmerie de l’air est chargée de mener les investigations. Le lendemain, une fouille est organisée par de nombreux gendarmes, des chiens et même des plongeurs. Les empreintes sont prises dans la salle d’armes. En vain : les armes restent introuvables. 

Mais les enquêteurs notent que l’unité manque singulièrement de rigueur militaire. Des absentéistes n’assurent pas leurs gardes et se font remplacer sans rien signaler à la hiérarchie. Et les registres sont empreints d’un manque de fiabilité criant. 

Deux cousins suspectés d’avoir écoulé des Famas, mais aussi des Kalachnikov, des grenades et des pistolets Tokarev 
Les sous-officiers sont entendus et même placés en garde à vue. L’étau se resserre autour d’un fusilier-commando qui semble avoir le profil et qui a bénéficié de circonstances favorables pour voler les armes. Mais le militaire de 26 ans, assure qu’il n’était pas à la base et produit même des factures pour étayer ses déclarations. Au début de son engagement il apportait toute satisfaction au point de partir à quatre reprises en opération extérieure, entre 2010 et 2012. Mais à Brétigny, il ne supporte pas de garder la base et de passer son temps à jouer aux jeux vidéo. Il préfère l’action, sortir la nuit. Avec ses cousins et des amis, il prend part à des trafics et s’implique dans l’élevage de serpents et de chiens American Staff. Il utilise quatre cartes Sim pour téléphoner. 

Le 27 mai 2013 à Courcouronnes, les policiers de la sûreté départementale, à l’occasion du démantèlement d’un trafic de cocaïne, arrêtent un dealer. Lors de la perquisition de son domicile à Montlhéry, ils mettent la main sur un Famas et découvrent qu’il a été volé à Brétigny. Le jeune homme raconte qu’il a acheté ce fusil à un ancien militaire, rencontré dans un bar, qui se vantait de pouvoir vendre Famas, grenades et pistolets provenant de l’armée. Après une rencontre dans un bois, il avait acquis cette arme pour 800 €. Les enquêteurs mettent la main sur le répertoire dans lequel il consigne coordonnées de ses clients amateurs de stupéfiants. Ils y trouvent justement le numéro du fusilier-commando suspecté : l’homme du bar n’était autre que son cousin.

Un mois plus tard, un deuxième fusil est découvert dans un appartement de Grigny qui servait de lieu de repli aux trafiquants locaux. Après avoir arrêté le pilote d’un scooter qui circulait avec 20 kg de résine de cannabis, les policiers avaient perquisitionné ce logement dans lequel se trouvaient aussi 13 autres kilos de cannabis. Une troisième arme, le pistolet Mag I, est à son tour retrouvée dans la boîte aux lettres d’un autre suspect. 

Un an de surveillances et d’écoutes téléphoniques plus tard, les enquêteurs ont la conviction que le fusilier-commando se livre à un trafic d’armes avec son cousin. Les deux hommes auraient pu écouler non seulement des Famas, mais aussi des Kalachnikov, des grenades et des pistolets Tokarev. Ils avaient sollicité de multiples personnes pour déplacer ou stocker des armes. Des liens indirects avec les deux trafiquants de drogue de Courcouronnes et Grigny ont aussi été mis en évidence. Les deux hommes ont nié en bloc toute implication dans le vol ou le trafic d’armes. Le procès devrait durer une semaine.