mercredi 3 février 2016

Le CSA n’est ni indépendant ni représentatif

Christine Kelly

Le CSA prétend être une « autorité administrative indépendante », c’est-à-dire une sorte d’ovni politico-judiciaro-administratif. Son indépendance se heurte à deux obstacles. Pour y être nommé, un conseiller doit être en cour auprès du président de la République, du président du Sénat ou de l’Assemblée nationale et être accepté de la communauté audiovisuelle. Bref, il faut avoir su se montrer particulièrement dépendant pour devenir indépendant (provisoirement, au demeurant, car il faut bien penser... à la suite de sa carrière). Deuxièmement, l’institution elle-même doit s’affirmer contre les parlementaires qui y voient un dessaisissement de leur pouvoir ; contre les administrations qui n’entendent pas s’effacer ; contre la justice, légitimement soucieuse de son monopole, et Bercy, qui tient les cordons de la Bourse. Il faut donc trouver les alliés : les autorités administratives indépendantes les cherchent généralement dans les médias de l’oligarchie à coup de surenchères politiquement correctes. Le CSA ne fait pas exception : l’ennui étant que le régulateur se place de ce fait sous le contrôle des entreprises... régulées. 

Le CSA doit veiller au « pluralisme ». Fort bien ! Mais il n’est pas lui-même représentatif de la diversité française. 
     En tout cas, pas de la diversité politique. Sur 42 membres nommés de 1989 à 2013, combien de proches des milieux nationaux, identitaires ou souverainistes qui représentent plus de 20% de l’opinion ? Combien d’hommes ou de femmes pensant comme les deux tiers des Français (si l’on en croit les sondages) qu’il y a trop d’immigration et pas assez de protectionnisme ? A part Roland Faure, animateur d’une radio libre à Versailles, nommé en 1989, combien d’esprits indépendants du politiquement correct ? 
     La diversité « ethnique » se taille, en revanche, la part du lion. De 2009 à 2013, sur neuf membres du CSA, trois faisaient partie de la « diversité » : Rachid Arhab, d’origine algérienne ; Emmanuel Gabla de mère alsacienne et de père togolais ; et la Guadeloupéenne Christine Kelly. 
     Dès janvier 2009, dans la foulée du discours de Nicolas Sarkozy sur la discrimination positive et le métissage, prononcé à Polytechnique fin 2008, deux membres sur trois nouvellement nommés étaient « divers ». Certes Emmanuel Gabla, polytechnicien et ingénieur des télécoms, avait les compétences recherchées sur les nouvelles technologies mais il reconnaît lui-même que sa couleur de peau « n’a clairement pas été un désavantage ». Quant à Christine Kelly, le choix racial ne fait pas de doute. La belle présentatrice de LCI a collectionné les prix ethniques : en 2002, le prix de la meilleure journaliste des Black World Victories Award ; en 2003, le prix de la European Federation of Black Women Business Owners, remis à Londres lors d’une soirée de gala des femmes d’affaires noires d’Europe ; en 2004, le trophée Africagora des femmes ; et pour finir, le prix du Gotha Noir de la catégorie « Hauts cadres » pour la promotion de l’égalité des chances des noirs et de la diversité culturelle afro-caribéenne, en 2010, après son accession au CSA. Une telle faveur à laquelle cette femme-quota a l’honnêteté de reconnaître qu’elle n’était pas vraiment préparée : « Quand vous écrivez toute la journée des textes simples sujet-verbe-complément, avec une info par phrase, vous sentez la différence quand vous devez vous coltiner du jour au lendemain des textes juridiques touffus dont la moindre phrase court sur sept lignes ! » 

Jean-Yves Le Gallou, La tyrannie médiatique