dimanche 7 février 2016

Le Bushido au Japon

Dans le Japon féodal, la composante éthique de la vie du samouraï était le code de conduite et de comportement auquel nous avons fini par faire référence comme au bushido. A travers son apprentissage de la littérature classique chinoise (ce qui incluait les ouvrages de Confucius) et des beaux-arts, comme la poésie et l’arrangement floral, le samouraï se devait d’être un homme cultivé, capable d’actions féroces comme du plus pur raffinement humain. En plus de fournir une structure de relations et d’interactions sociales, le bushido mettait l’accent sur la forme idéale que devait prendre le caractère d’un guerrier.
     Au 17ème siècle, un prodige du Bushido, Kumazawa Banzan, affirmait « qu’un bon guerrier est toujours courageux et toujours dévoué à la Voie du guerrier et des arts martiaux ; il prend soin de ne jamais trébucher quoi qu’il advienne, respecte les règles, montre de la compassion envers chacun, de sa femme à ses enfants, des anciens aux plus jeunes partout dans le monde, et préfère la paix dans le monde à un cœur humain débordant d’amour. »
     Certains penseurs mettent l’accent sur l’intérêt pratique d’un système qui aide à la formation du caractère. Tatti et Westbrook affirment que, bien que le bushido nécessite une adaptation de l’abnégation de soi bouddhiste pour en faire la vertu première, cette abnégation n’avait pas pour finalité d’atteindre l’éveil, mais visait à produire un guerrier exempt de toute peur, capable de donner sa vie pour son seigneur sans la moindre hésitation.
     Dans un entretien avec l’anthropologue Howard Reid, maître Risuke Otake de la Tenshin Shoden Katori Shinto-ryu raconte l’histoire d’un samouraï du nom de Torisunaemon. A la fin du 16ème siècle, les guerriers Takada avaient encerclé le Château de Nagashino, et les soldats demeurés loyaux au shogun se retrouvèrent bientôt mourant de faim à l’intérieur du Château. Torisunaemon fut choisi pour tenter une sortie afin de prévenir le shogun et obtenir des renforts. Il réussit à accomplir sa mission mais fut capturé à son retour. Le commandant des forces ennemies offrit à Torisunaemon une position éminente dans son armée s’il informait les habitants du château qu’ils ne pouvaient espérer aucune aide. Torisunaemon accepta, mais lorsque le moment fut venu pour lui de délivrer le message démoralisateur, il hurla à la place le véritable message, prévenant les loyalistes que les renforts arriveraient d’ici à quelques jours. Le samouraï Takada tua Torisunaemon dans l’instant, mais ce dernier mourut honorablement, ayant sacrifié sa vie pour sauver son seigneur.
     Dans son grand classique sur le sujet, l’approche du bushido d’Inazo Nitobe est moins cynique que celle de Tatti et Westbrook, Nitobe met l’accent sur l’idéal du samouraï comme celui d’un homme de grande rectitude morale, décrivant l’éthique du bushido comme le fondement et le fleuron de tout ce qui est beau dans la culture japonaise. Nitobe se sert d’emblée du langage de la vertu lorsqu’il décrit le caractère du samouraï. Sa discussion des vertus du samouraï inclut la prise en compte de la justice, du courage, de la bienveillance, de la politesse, de la sincérité, de l’honneur, de la loyauté et du contrôle de soi.
     Yasaroku Soyeshima combine l’idéalisme et le pragmatisme dans son approche du bushido, faisant référence à ce dernier comme à un système de morale pratique, dont le but ultime était l’accomplissement de « la mission sacrée de l’Empire japonais ». En identifiant l’ascension du Japon vers une position de puissance et de gloire comme le telos éthique, les bénéfices pragmatiques de promouvoir des guerriers exempts de toute peur et une morale d’excellence prônant le don de soi dans le service se trouvent réunis.
     Deux éléments du traitement du bushido proposé par Soyeshima peuvent être considérés du point de vue de la vertu. Soyeshima fait ressortir « quatre vœux » propres au bushido, affirmant que « le bushido exige (1) la mort, (2) la fidélité, (3) la dignité et (4) la prudence ». La notion qui veut que le bushido exige le sacrifice de soi, la mort, est un indicateur de l’absence totale de considération pour soi du samouraï, un sentiment auquel il est fait systématiquement référence dans l’Hagakure (« La Voie du samouraï se trouve dans la mort »). Le deuxième élément important dans l’ouvrage de Soyeshima est les « quatre principes » du bushido : (1) ne se montrer inférieur à personne dans le bushido, (2) demeurer au service de son seigneur-maître, (3) se montrer fidèle envers ses parents, et (4) être miséricordieux et capable d’abnégation. Ces principes se retrouvent également dans l’Hagakure, comme les vertus que sont l’intelligence, l’humanité et le courage. 

Vertus martiales, Dr Charles Hackney