jeudi 14 janvier 2016

Encore un nouveau parti à Droite

Entretien. Aymeric Chauprade, l'ancien bras droit de Marine Le Pen (FN) et député européen, lance ce mercredi 13 janvier une nouvelle formation politique 'Les Français libres'. Il s'est confié à Valeurs actuelles pour expliquer les raisons de son choix.

VA. Pourquoi lancez-vous une nouvelle formation politique ?

Aymeric Chauprade. Le Front national est une double impasse. Premièrement pour arriver au pouvoir en 2017 comme l’ont montré les élections régionales, deuxièmement, et c’est plus grave, pour redresser la France, notamment (mais pas seulement) parce que son programme économique aggraverait notre appauvrissement.

Or ce parti, que je connais maintenant en profondeur pour y avoir occupé des responsabilités au plus haut niveau, est parvenu à capter, à un niveau inégalé, le désespoir des Français. Quand vous vous rendez compte de votre propre erreur, et que vous avez été trompé dans votre volonté sincère de participer au redressement du pays, n’avez-vous pas alors le devoir d’éviter à vos compatriotes de continuer à se tromper ? Telle sera ma mission. Ouvrir les yeux des patriotes sincères.

Les Français libres ont pour vocation de rassembler tous ceux qui réfléchissent, notamment les forces vives du pays, aux solutions de redressement. Il ne s’agit pas d’une nouvelle aventure personnelle, et je déplore cette profusion de présidentiables qui est nuisible à la crédibilité du politique en France ; il s’agit de créer une dynamique avec tous ceux qui veulent qu’une droite crédible et assumée gagne en 2017 et qui ne veulent surtout pas avoir à choisir, au deuxième tour de l’élection présidentielle, entre un socialisme mondialisé et un socialisme nationaliste.

VA. Quel est l’objectif des ‘Français Libres’ ?

Aymeric Chauprade. Le candidat de la société civile, ça n’a jamais marché, et, en même temps, il faut bien en faire le constat, les Français ne veulent plus d’une politique politicienne prisonnière du commentaire d’actualité politique, de la « petite phrase » et du marketing électoral. Les Français me semblent vouloir un vrai décideur politique, qui a su entendre les solutions proposées par les forces vives du pays, de tous ceux qui ont prouvé quelque chose dans leur vie et qui ne doivent pas tout à une « carrière politique ». L’objectif des Français libres est là : contribuer à l’émergence d’un véritable leader de droite capable de faire gagner son projet en 2017 sur 3 axes fondamentaux :

• la désislamisation de la France, c’est-à-dire le recul de la loi islamique sur notre territoire, le reflux des propagateurs de charia. Voilà un enjeu de civilisation qui doit unir tous les Français défendant les libertés, par-delà les différences philosophiques.
• La dé-étatisation de la France, le recul de la dépense publique dans le PIB, de la charge fiscale pesant sur les Français et leurs entreprises, d’un droit du travail qui asphyxie l’initiative et l’embauche…
• La reconstruction de la puissance géopolitique, militaire, maritime et énergétique de la France.

VA. Comment comptez-vous vous y prendre ? Est-ce une initiative personnelle pour la présidentielle de 2017 ?

Aymeric Chauprade. D’abord au départ de toute chose, on est forcément un peu seul. C’est un peu naturel ! Mais au moment où tout le monde, à droite, se prend à rêver à une refondation, il me semble pertinent de faire le premier pas. L’idée est simple. Que tous ceux qui réfléchissent aux solutions de redressement du pays me rejoignent et nous bâtirons ensemble un vrai programme crédible pour la droite de gouvernement ! Il n’y a pas d’égotisme dans cela, il n’y a pas volonté de créer sa chapelle, il y a la volonté de voir enfin émerger un programme de redressement crédible, avec les personnalités politiques compétentes (ce qui malheureusement pour l’instant ne va pas de soi dans les gouvernements qui se succèdent) pour le mettre en œuvre.

VA. Depuis que vous avez quitté le FN le 9 novembre dernier, avez-vous évolué sur certains sujets ?

Aymeric Chauprade. Mon passage au FN m’a appris énormément de choses, notamment sur les impasses stratégiques de ce parti, son incapacité à se mettre en situation de gouverner, la puérilité de sa vision du monde, son déni de mondialisation au lieu d’une nécessaire adaptation de la France aux réalités de cette mondialisation. Je cherche une voie à la fois responsable et pragmatique pour mon pays. Mon mandat européen me confirme dans l’idée que les institutions européennes doivent être réformées en profondeur, que la souveraineté nationale doit être redécouverte, mais, en même temps, l’horizon européen doit être maintenu, car nous appartenons à la civilisation européenne et, dans le monde multipolaire, une Europe puissance doit prendre corps. Il faut le dire, au risque de décevoir les espoirs de certains, mais parce que c’est la stricte réalité : le souverainisme dogmatique, unissant des sensibilités de droite comme de gauche, est une impasse politique qui pourrait se transformer en cauchemar au gouvernement. Ceux qui rêvent de cela se trompent. La souveraineté est évidemment essentielle mais ce que vous mettez « à l’intérieur » l’est au moins autant. La voie de la sagesse et du redressement passe par premièrement par davantage de souveraineté dans la construction européenne et deuxièmement par un vigoureux programme de réformes pour libérer notre pays de ses contraintes intérieures.

VA. Quelles sont aujourd’hui vos relations avec Marine Le Pen ? Marion Maréchal-Le Pen ? Florian Philippot ?

Aymeric Chauprade. Je fais de la politique. Je n’ai rien contre les personnes. Mais si vous me posez la question, je vous réponds. Les relations avec Florian Philippot étaient inexistantes et donc rien n’a changé. Celles avec Marine le Pen appartiennent aux souvenirs. Celles avec Marion Maréchal-Le Pen sont en suspens. Je suis entré en politique pour servir la France, pas pour servir de caution intellectuelle à des politiques. Je reste sur cette ligne. Mon objectif est simple : empêcher que le choix des Français se réduisent à « guerre civile » contre « mort lente ».

VA. Votre procès s’est ouvert aujourd’hui pour « provocation à la haine envers les musulmans ». Regrettez-vous les propos que vous aviez tenus ?

Aymeric Chauprade. J’invite tous les Français à regarder la courte vidéo « La France est en guerre » postée trois jours après les attentats de Charlie. Ils se feront une idée par eux-mêmes quant à une prétendue « provocation à la haine ». Je défends notre civilisation, nos valeurs, nos lois, nos institutions contre les partisans de la loi islamique qui veulent nous détruire. Les Français qui prendront le temps de m’entendre ou de lire mon dernier atlas de géopolitique « Chronique du choc des civilisations » se rendront compte, par eux-mêmes, que je le fais avec fermeté, avec clarté, mais sans excès ni insulte envers quiconque.