samedi 9 janvier 2016

Cologne - Migrants : la possible bombe démographique


Cela a été « une soirée globalement calme ». Le jugement particulièrement minimaliste de la police de Cologne puis ses trois jours de silence complet, avant un aveu embarrassé sur les graves incidents qui ont marqué la soirée du réveillon du 1er janvier, non seulement dans la grande cité du nord de l'Allemagne, mais aussi dans quatre autres villes du pays, ont enflammé les esprits comme jamais depuis le début de la crise migratoire. D'autant que le gouvernement continue d'entretenir le flou sur la nationalité de ceux qui, rien qu'à Cologne, ont entraîné le dépôt de 125 plaintes de femmes molestées, attouchées, volées et, pour deux d'entre elles, violées, dans les parages et les couloirs de métro proches de la cathédrale et de la gare de la ville. Tout ce que l'on sait aujourd'hui provient du témoignage des victimes, qui parlent de leurs agresseurs comme d'hommes de type arabe ou nord-africain. 

Mais cela a suffi pour faire immédiatement écho dans l'opinion allemande, et au-delà, à une inquiétude qui jusqu'alors n'était partagée que par certains experts en démographie ou en sociologie : le nombre de réfugiés hommes arrivés en Europe depuis le début de la crise migratoire excède de beaucoup celui des femmes. Au point que, si aucune mesure de contrôle n'est prise, le déficit de femmes dans la population d'étrangers cherchant à s'établir en Europe va complètement transformer le rapport entre les sexes dans ces pays. 

69 % d'hommes 
D'après les statistiques de l'Organisation internationale pour les migrations établies pour les onze premiers mois de 2015 sur l'ensemble des migrants, toutes provenances confondues, plus de 69 % sont des hommes, contre 13 % de femmes et 18 % de mineurs. Parmi ces derniers, la moitié sont sans famille connue. Enfin, dans cette même population, 90 % sont de jeunes hommes. 

L'une des explications de ce phénomène est que, lorsqu'une famille syrienne, par exemple, décide de s'exiler pour fuir la guerre, elle fait d'abord une étape dans un camp en Turquie, au Liban ou en Jordanie. Puis, au bout de quelque temps, comme les conditions de vie dans ces endroits sont très précaires, les hommes décident de partir en éclaireurs en tentant l'aventure du voyage vers l'Europe. Avec l'espoir que leurs familles pourront bientôt les rejoindre. Mais, comme cela se passe rarement aussi bien que prévu, sauf pour ceux qui ont beaucoup d'argent, les situations de séparation perdurent. Avec les hommes parvenus dans un pays européen, mais souvent dans une situation si incertaine – absence de papiers, permis provisoires – qu'ils ne peuvent faire venir leurs familles. 

Familles et femmes seules 
Par ailleurs, parmi les mineurs sans famille – dont 90 % sont des garçons –, la quasi-totalité de ceux qui se présentent dans les pays européens se voit accorder le droit d'asile, pour des raisons humanitaires évidentes. Mais la conséquence démographique est inquiétante : ainsi, la Suède vient de s'apercevoir que, dans sa population de 16 à 18 ans, le ratio est aujourd'hui de 123 garçons pour 100 filles. C'est un déficit plus important que celui de la Chine (117 pour 100), après des années de campagne pour un fils unique. Une politique antinataliste d'ailleurs abandonnée depuis quelques mois par Pékin parce que jugée dangereuse. 

Cette bombe à retardement démographique a amené certains pays soit à fermer presque totalement leurs frontières (Hongrie, Pologne, Tchéquie, Slovénie, Danemark, Suède), soit à contrôler strictement le flux des arrivants. Ainsi, le Canada, qui avait généreusement annoncé par la voix de son jeune et tout nouveau Premier ministre Justin Trudeau qu'il était prêt à accueillir 25 000 réfugiés, vient de préciser les conditions d'entrée de ceux-ci sur son territoire : désormais ne seront admises au Canada que les familles et les femmes seules. 

Pour éviter que cette disproportion entre les sexes ne vienne à provoquer des incidents en Europe, dont les réfugiés sont déjà accusés à Cologne, il ne reste plus qu'à souhaiter et à faciliter le retour de conditions normales de vie en Syrie, en Irak et en Afghanistan. Seule condition pour espérer la réunification de familles aujourd'hui dramatiquement dispersées.