mardi 15 décembre 2015

Nouvelle offensive contre le lait cru

La fromagerie Bobin se bat contre grandes surfaces et administrations pour son brie de Coulommiers au lait cru toujours fabriqué de façon artisanale. Un combat qui, malgré bien des tracas, porte ses fruits...

Installée à Saint-Siméon, entre Coulommiers et La Ferté-Gaucher, au cœur de la Brie, la fromagerie Bobin est une entreprise familiale qui produit du brie dans sa diversité la plus authentique. Employant plus de 70 salariés très attachés à leur métier et conscients d'œuvrer à la pérennité d'un patrimoine agricole et alimentaire porteur de tradition, la ferme de Saint-Siméon est un exemple de ce qu'il convient de faire pour préserver et transmettre les savoirs constitutifs de la renommée fromagère française.

Soucieux de ces enjeux fondamentaux, Philippe Bobin, président de la société, limite la mécanisation de sa fabrication afin que la main de l'homme conserve la dimension artisanale, même à grande échelle, de la production du brie de Meaux, du brie de Melun et du coulommiers au lait cru. Si les deux premiers bénéficient d'une appellation d'origine certifiée par l'Inao dès lors qu'ils sont épargnés par le lait pasteurisé, le troisième est l'objet d'une demande de reconnaissance en appellation d'origine «Brie de Coulommiers».

Tombé dans le domaine public, comme ce fut le cas pour le camembert en 1926, le vrai coulommiers de terroir pourrait bien disparaître sans cette protection officielle. Encore soucieux d'agir en ce sens, Philippe Bobin a accepté de présider l'organisme de défense et de gestion (ODG) porteur du projet d'AOC et se démène pour que le dossier aboutisse. Toujours soucieux de qualité et d'équité, Philippe Bobin paye le lait 360 € les 1 000 l (soit 0,36 €/l) aux producteurs briards alors que le cours actuel est à moins de 300 € les 1 000 l (soit 0,06 € de plus que le marché). Cette stratégie tarifaire a pour but de fidéliser les éleveurs laitiers, dont certains sont au bord du suicide, et de les encourager à poursuivre pour éviter la disparition du brie. Ce tarif est évidemment insupportable pour les antennes locales des grands groupes laitiers (dotés de relais au sein de l'administration), qui expliquent aux agriculteurs que leur payer le lait au-delà de 0,30 €/l provoquerait assurément une catastrophe économique. Bobin est donc un emmerdeur.

UNE FROMAGERIE PASSÉE TOUT PRÈS DU DÉPÔT DE BILAN

Qu'à cela ne tienne, sa fromagerie est restée fermée près d'un mois après que la direction départementale de la protection des populations (DDPP) a suspendu son agrément sanitaire (réglementation européenne dite du «paquet hygiène» appliquée en France depuis 2006) à la suite d'un contrôle des services vétérinaires ayant relevé des anomalies techniques et des remises aux normes effectuées de façon incomplète, notamment une superficie non conforme de la salle d'affinage des fromages. Face à la mobilisation des salariés, des citoyens et des élus - une pétition a recueilli plus de 6 000 signatures -, la préfecture de Seine-et-Marne a provisoirement autorisé la Fromagère de la Brie à reprendre son activité. Juste à temps avant que la fromagerie ne se retrouve en dépôt de bilan puisque Philippe Bobin continuait à honorer ses contrats d'achat de lait durant la fermeture pour ne pas aggraver la situation des éleveurs.

Nous ne doutons pas que cette pugnacité des services de l'Etat à soutenir les petits producteurs de fromages au lait cru en leur appliquant avec toute la rigueur requise les normes européennes sur la listeria n'a qu'un seul objectif : consolider leur compétitivité face aux géants de l'industrie laitière. Un soutien qui, pour ceux qui voient le mal partout, pourrait avoir parfois des allures de gibet. Le brie au lait cru vivra !

>> Fromagère de la Brie, 77169 Saint-Siméon. Tél. : 01 64 20 40 09.