dimanche 27 décembre 2015

Il est difficile d'imaginer les habitants se mobiliser au-delà des cérémonies les plus superficielles

Une inconnue est la manière dont la population américaine va réagir. Contrairement aux années 1930, nous ne sommes plus une nation qui s'interpellait par des "mister" ou des "ma'am", où même les plus démunis portaient veste et cravate et parlaient un anglais compréhensible, où les clochards vous disaient merci et où, en général, il y avait une culture et des valeurs communes. Nous sommes une nation de voyous avec des flammes tatouées sur le cou, qui s'interpellent par "motherfucker" et dont la seule compétence est dans les jeux vidéos simulant des meurtres de masse. Les masses du temps de Roosevelt avaient l'habitude de décennies de travail enrégimenté, où l'on se présentait, à l'heure, dans des écoles et des usines bien gérées et où l'on se tenait bien. C'est à mon avis pourquoi les États-Unis n'ont pas explosé dans la violence pendant la Grande Dépression des années 1930 - les citoyens avaient de la discipline et du courage. La démoralisation est aujourd'hui si titanesque qu'il est difficile d'imaginer les habitants se mobiliser au-delà des cérémonies les plus superficielles, comme placer des nounours sur le site d'un accident. Et oubliez la discipline et le courage dans une nation de victimes du syndrome de déficit d'attention, en manque d'estime de soi.

James Howard Kunstler, écrivain américain, 2011