vendredi 11 décembre 2015

Cette gauche incapable et… détestable !


En évacuant, d’emblée, tout débat posé et argumenté, ce grand show tragico-comique laisse finalement le FN prospérer sans jamais le contrer sur ses vrais points faibles. 

La gauche ne pourrait être qu’incapable. Cela justifierait déjà, en soi, la formidable rouste électorale que les Français viennent, dimanche, de lui administrer. Mais elle s’applique, en sus, à se rendre détestable. 

Le socialiste Erwan Binet n’est plus tout à fait un lycéen boutonneux bavardant imprudemment sur les réseaux sociaux en dépit des mises en garde de sa maman. Un député quadragénaire ne tweete qu’avec prudence, en pesant ses mots. Il tourne sept fois son doigt sur sa touche avant de publier. Car sa parole compte et engage son camp, et donc indirectement le gouvernement. 

On imagine donc que c’est après avoir pesé ses mots avec prudence et mesure, conscient que sa parole compte et engage, que lundi il a tweeté : « Toujours pas de communiqué de l’EI pour revendiquer et se réjouir des résultats d’hier soir… » Phrase qu’il a retirée quelques heures plus tard, sans doute devant le tollé

Mais que voulait-il dire, au juste, par cette petite boutade ? Que les résultats d’hier – autrement dit la déconfiture socialiste jointe à la montée du FN – étaient pour lui un cataclysme, une catastrophe, un sujet d’affliction, un massacre comparable à celui du 13 novembre ? Que c’est spirituel ! Les familles de victimes apprécieront sûrement. 

Que le « crime » impardonnable des électeurs Front national s’apparente, sur une échelle de gravité, à celui des djihadistes ? Que c’est désopilant ! Les 6.000.000 de Français concernés vont vraiment adorer. 

Que la reductio ad hitlerum, ayant été usée jusqu’à la corde et ne donnant plus tellement de satisfaction, on tente, sait-on jamais, la reductio ad daechum ? Que l’État islamique et le Front national étant tous les deux le Diable, ils ne font – forcément – plus qu’un, n’est-ce pas que c’est malin ? Et on pourrait décliner, ainsi, à l’infini, avec tous les monstres que l’on connaît : « Toujours pas de communiqué de Pierrot le fou ni de Michel Fourniret… ». Ce qu’on se tient les côtes. Faut-il que Binet soit terriblement gonflé. Car évidemment s’il y a des politiques dans ce pays qui donnent à l’État islamique motif de réjouissance, ce sont ceux qui lui mâchent obligeamment le travail, en gouvernant mollement les yeux grand fermés, en laissant frontières et prisons ouvertes à tous vents, en endormant les Français de leurs discours lénifiants. Et ils sont dans le parti de… Binet. 

Faut-il surtout que Binet soit dramatiquement benêt pour ne pas avoir compris que les hyperboles, les frissons, les élucubrations, la convocation de l’EI, du monstre du Lock Ness et de Jack l’Eventreur réunis, c’est fini. Les Français sont vaccinés, c’est précisément ce que les élections viennent de démontrer

Pire que fini, c’est contre-productif. Car en évacuant, d’emblée, tout débat posé et argumenté, ce grand show tragico-comique laisse finalement le FN prospérer sans jamais le contrer sur ses vrais points faibles.