mardi 29 décembre 2015

A lire absolument : La révolte des élites et la trahison de la démocratie


"Il fut un temps où ce qui était supposer menacer l'ordre social et les traditions civilisatrices de la culture occidentale, c'était la "révolte des masses". De nos jours, cependant, il semble bien que la principale menace provienne des masses, mais de ceux qui sont au sommet de la hiérarchie".
     Profondément enracinées dans l'économie planétaire et ses technologies sophistiquées, culturellement libérales, c'est-à-dire "modernes", "ouvertes", voire "de gauche", les nouvelles élites du capitalisme avancé - "celles qui contrôlent le flux international de l'argent et de l'information" - manifestent en effet, à mesure que leur pouvoir s'accroît et se mondialise, un mépris grandissant pour les valeurs et les vertus qui fondaient autrefois l'idéal démocratique. Enclavées dans leurs multiples "réseaux" au sein desquels elles "nomadisent" perpétuellement, elles vivent leur enfermement dans le monde humainement rétréci de l'Economie comme une noble aventure "cosmopolite", alors que chaque jour devient plus manifeste leur incapacité dramatique à comprendre ceux qui ne leur ressemblent pas : en premier lieu, les gens ordinaires de leur propre pays
     Dans ce livre-testament, Christopher Lasch a tenu à placer sa critique des nouvelles élites du capitalisme avancé sous le signe du "populisme", c'est-à-dire conformément au sens historique du mot, d'un combat radical pour la liberté et l'égalité mené au nom des vertus populaires. On sait à quel point, depuis quelques années, les médias officiels travaillent méthodiquement à effacer le sens originel du mot, à seule fin de pouvoir dénoncer comme "fascistes" ou "moralisateurs" (à notre époque, le crime de pensée suprême) tous les efforts des simples gens pour maintenir une civilité démocratique minimale et s'opposer à l'emprise croissante des "experts" sur l'organisation de leur vie. Autant dire que beaucoup, parmi ceux que le système a préposés à la défense médiatique de ses nuisances, s'empresseront de faire courir le bruit - pour affecter de s'en réjouir ou pour s'en lamenter - que ce livre est "réactionnaire".
     Il n'est cependant pas interdit d'espérer que le lecteur intelligent puisse encore se faire une opinion par lui-même.

Préface de Jean-Claude Michéa, La révolte des élites et la trahison de la démocratie