lundi 23 novembre 2015

Gouverner par le chaos (anonyme)

Thèse numéro un : le chaos n’est plus l’ennemi des classes dirigeantes. Il est au contraire devenu la stratégie privilégiée du pouvoir. La politique, dans les très grands systèmes fédérateurs, est toujours l’art du contrôle de la majorité par les minorités ; le contrôle, désormais, utilise le chaos plutôt que l’ordre.

Cette mutation est le produit d’une révolution intellectuelle : les conseillers du Prince ne pensent plus à partir des idées générales qu’ils doivent promouvoir ; ils appréhendent l’art de gouverner comme une pure extension des techniques d’ingénierie sociale, elles-mêmes développées à partir des sciences du comportement et leurs diverses applications (marketing, management, cybernétique, toutes regroupées ici sous l’intitulé générique de « sciences de la gestion »). La politique est donc, pour dire les choses simplement, devenue en pratique une technique du contrôle social – cela, et cela seulement.

Le pouvoir ne veut plus se préoccuper de l’intersubjectivité construite par le corps social ; il entend régner grâce au conditionnement, via le Spectacle et la Technologie. Son objectif n’est donc plus de dominer le monde des idées, mais d’automatiser les comportements.

Au final...

*Anonyme, Gouverner par le chaos, Max Milo ed., 2010.

La suite ici.