jeudi 22 octobre 2015

Entretien exclusif d'Orages d'acier avec Gabriele Adinolfi


Gabriele Adinolfi, figure incontournable du nationalisme italien et auteur de nombreux ouvrages dont Pensées corsaires ou Orchestre rouge, a bien voulu accorder un entretien exclusif avec l'équipe d'Orages d'acier.

Orages : Le terrorisme dont les médias parlent actuellement a-t-il changé de visage par rapport au terrorisme des années de plomb ? 
Gabriele Adinolfi : La différence, mise à part celle de l’apparence ou des identités de mécanisme, cette différence foncière avec le terrorisme des années de plomb est issue d’une réalité sociale, ancrée dans une société encore vivante, avec des luttes sociales et culturelles existantes, alors que le terrorisme actuel se nourrit plutôt du malaise de gens déracinés, dans une société qui a détruit toute sorte d’identité mais aussi de langage social.
Il y a des identités entre ces terrorismes dans les mécanismes, et, peut-être aussi, dans la manipulation, mais il y a une différence fondamentale qui n’est pas qu’idéologique, cette différence est due fait qu’à l’époque le terrorisme d’extrême-gauche (qui avait une stratégie) était un terrorisme névrosé avec vision névrosée de la lutte sociale et politique, mais, qui partait d’une lutte sociale et politique.
Aujourd’hui, dans les terrorismes actuels, il y a à la fois une vision utopique et hystérique, qui veut aussi redonner une identité aux gens déracinés. Cette différence fondamentale est sociale. 

Est-il fou de penser – à l’image des années de plomb que vous avez bien développé dans votre ouvrage Orchestre Rouge – que des services aient pu avoir un lien direct ou indirect avec les derniers attentats ? 
Avec la technologie actuelle, il est impossible qu’il y ait un attentat commis par plus d’une personne, qui ne soit pas déjà compris et imaginé par les services. Quand on dit les services, il faut bien voir ce qu’on entend.
Dans la logique, nous vivons dans un système général ou tout se nourrit de tout ce qui se combat. L’antidrogue se nourrit de la drogue, l’antiterrorisme se nourrit du terrorisme, et même l’Etat, fragilisé par son absence de tissu social, d’imaginaire collectif et même de culture, cet Etat – comme le voit bien Éric Werner – a besoin de créer des sites de tension grâce auxquels il peut tenir la population.
Cela étant dit, quand on parle du terrorisme, il ne faut pas penser que tout soit manipulé par une personne centrale, par exemple les services de renseignement nationaux ont tendance à contrôler les choses ou même donner une vision de ce qui se passe pour des raisons complètement différentes.
Mais il y a aussi les guerres intestines parmi les puissances moyennes, donc des services étrangers y participent, et, alors jusqu’à quel point ces services participent – qu'ils soient occidentaux ou étrangers –, quelle est la réalité exacte, cela est difficile à dire. Ensuite, chacun participe à donner une version officielle qui n’est pas la réelle.
Après pour savoir quels sont les rôles joués, il faut des données assez précises pour se prononcer. 

Le commando Charlie Hebdo a-t-il bien participé d’une stratégie de la tension ? 
Je pense que tout ce qu’on a dit sur Charlie Hebdo a été faussé. C’est un coup très sophistiqué, de très haut niveau. Forcément, il y a des intelligences particulières. Alors qui a fait le coup exactement, comment et pourquoi, je n’en sais rien. Normalement, ce genre d’événement n’est pas exécuté par un service national, parce que tout simplement, aucun service ne va commettre un attentat sur son propre pays en risquant, même sur ordre, que la hiérarchie soit mouillée. Cela pourrait s’insérer dans des histoires compromettantes.
Par exemple, quel est le rôle de l’Italie, de la France ou des Etats-Unis dans toute cette nébuleuse du djihadisme dans le Moyen-Orient, quels sont les double, triple, quadriple jeux de la France et/ou de ses alliés arabe, israélien, américain ? Mais il me paraît évident que la stratégie de la tension a été évoquée dans un cadre politique, et, il faut bien comprendre que c’est un acte de guerre.  

Edward Snowden a comparé la France aux Etats-Unis avec sa NSA, après l’adoption de la loi sur le terrorisme et celle sur le renseignement, y apportez-vous des objections ? 
Je ne suis pas en mesure de le dire. Il faut voir la chose des deux côtés. Au niveau des libertés et au niveau social, évidemment, c’est choquant. Si l’on voit cela au niveau de l’obtention d’un niveau de puissance, je pense que l’absence de menaces est importante à prendre en compte. C’est aussi ce manque de mesures contre le terrorisme et le renseignement qui affaiblit les pays de l’Union européenne, je pense donc même que c’est souhaitable. C’est une question compliquée. Disons que je ne crois pas trop que la France soit en mesure de s’équiper toute seule à ce niveau-là, que ce soit technologiquement ou culturellement

Pendant le vote de la loi sur le renseignement en avril 2015, il y a eu le scandale PNCD, système de la DGSE qui siphonnait des milliards de données en France… 
Il faut reconnaître que l’une des grandes puissances est la connaissance : avant c’était le prêtre, aujourd’hui c’est le satellite. Il ne faut pas s’étonner de cette utilisation technologique. 

Nous savons que les services savent qui sont les passeurs, quelles sont les filières, que des membres d’EI sont parmi les migrants. EI lui-même est soutenu militairement par les USA (Russia Today parle de 50 tonnes de munitions), dans quel(s) but(s) ? 
Russia Today fait des histoires un peu simplistes. Cela fait partie de la logique duale dans laquelle on renouvelle les notions de puissance. Pour les Etats-Unis, j’ai l’impression qu’ils ont soutenu toutes les parties au Moyen-Orient, cela leur permet de faire des affaires, de faire grandir énormément le prix des produits (gaz, pétrole, armes, drogue).
De plus, cette déstabilisation du Moyen-Orient rentre dans deux logiques américaines : 
    - mettre l’Europe contre les pays arabes, pour compliquer toute solution tant au niveau politique qu’énergétique ; 
     - mais cela rentre aussi dans la stratégie de l’affirmation d’une grande Israël. 
Et puis, les Américains soutiennent Daesh, et surtout Al-Nosra. Sans oublier que la France et l’Italie soutiennent aussi Daesh, ainsi que d’autres Etats européens et occidentaux. Puis, de l’autre côté, l’intelligentsia aussi bien en France qu’en Italie, joue un double jeu. 

La situation des Etats de l’UE amène à une contestation progressive, les militants nationalistes par ailleurs agissent, mais il semblerait que la répression soit encore plus répandue, subtile et perverse limitant toute action, qu’en pensez-vous ? 
Cela revient un peu aux années de plomb en Italie. C’est-à-dire le moment où le parti communiste italien (PCI) a été appelé au gouvernement par les Américains, par FIAT, etc., le PCI a dû renoncer à tout ce qui le représentait, et, en échange d’argent et de pouvoir, ce dernier a donné la peau des fascistes, c’est-à-dire qu’ils ont réagi de cette manière : « en satisfaction vous aurez la répression ». C’est pareil aujourd’hui, la répression est autre, non pas parce qu’ils ont peur des nationalistes et des identitaires, mais parce que la classe dirigeante qui est prise par une idéologie sidaïque, au sens de sans défense immunitaire, cette classe dirigeante ne travaille non plus pour un monde meilleur mais pour le grand capital, et a besoin de se défouler, et plus on leur permet de se défouler, et finalement aussi parce que la technique le permet.