jeudi 10 septembre 2015

Société de consommation

« Ce qui est vrai, c’est non pas que « les besoins sont le fruit de la production », mais que LE SYSTEME DES BESOINS EST LE PRODUIT DU SYSTEME DE PRODUCTION. Ceci est tout différent. Par système des besoins, nous entendons que les besoins ne sont pas produits un à un, en relation aux objets respectifs, mais sont produits comme force consommative, comme disponibilité globale dans le cadre plus générale des forces productives. C’est en ce sens qu’on peut dire que la technostructure étend son empire. L’ordre de production ne « capte » pas à son profit l’ordre de la jouissance (à proprement parler, ceci n’a pas de sens). Il nie l’ordre de la jouissance et s’y substitue en réorganisant tout un système de forces productives. On peut suivre au fil de l’histoire du système industriel cette généalogie de la consommation : 

1- L’ordre de production produit la machine/force productive, système technique radicalement différent de l’outil traditionnel.

2 - Il produit le capital/force productive rationnalisée, système d’investissement et de circulation rationnel, radicalement différent de la « richesse » et des modes d’échange antérieurs. 

3 - Il produit la force de travail salariée, force productive abstraite, systématisée, radicalement différente du travail concret, de l’ « ouvrage » traditionnel. 

4 - Ainsi produit-il les besoins, le SYSTEME des besoins, la demande/force productive comme une ensemble, rationnalisé, intégré, contrôlé, complémentaire des trois autres dans un processus de contrôle total des forces productives et des processus de production. Les besoins en tant que système sont eux aussi radicalement différents de la jouissance et de la satisfaction. Ils sont produits comme éléments de système, et non comme rapport d’un individu à un objet (de même que la force de travail n’a plus rien à voir, nie même le rapport de l’ouvrier au produit de son travail – de même que la valeur d’échange n’a plus rien à voir avec l’échange concret et personnel, ni la forme/marchandise avec les biens réels, etc.). » 


 La société de consommation, Jean Baudrillard