vendredi 4 septembre 2015

L’être humain se trouve réduit à un être social, entièrement tourné vers l’extérieur

L’être humain se trouve réduit à un être social, entièrement tourné vers l’extérieur, et uniquement défini par ses capacités à communiquer, à se connecter, à accéder au réseau et à pouvoir rester dans les flux. Il fabrique en permanence des images de lui-même à qui d’autres images répondent. L’intériorité disparaît : plus de richesse intérieure, juste une intimité surexposée, creuse et uniformisée dans une société dont le lien social tout entier est orienté vers la communication. Dans ce processus destructeur, le cerveau et la pensée rationnelle se trouvent survalorisés. Le corps devient un poids, un « membre surnuméraire qu’il faudrait supprimer ». Ce corps imparfait, infaillible, mortel, inscrit dans la réalité terrestre et surtout incapable d’évoluer aussi vite que la société communicationnelle l’exigerait, doit être radicalement transformé – ce à quoi s’emploient les technosciences – ou même, à terme, disparaître. 

Cédric Biagini, L’emprise des écrans