mercredi 2 septembre 2015

Les armes ne sont pas autre chose que l'essence des combattants mêmes.


"Dans la Phénoménologie de l'Esprit, Hegel écrit quelque part que "les armes ne sont pas autre chose que l'essence des combattants mêmes". Il ne serait pas moins vrai de soutenir que les armes sont l'essence de la citoyenneté. Le citoyen, l'homme libre de l'Europe ancienne, c'est avant tout, contrairement à l'esclave, celui qui a le droit de porter une arme.

Les citoyens de Sparte sont les "homoisi", les égaux, ceux qui ont reçu la même initiation guerrière.

Ce qui unit les membres de la Cité grecque, c'est la "philia" c'est-à-dire la camaderie militaire, car l'état de soldat coïncide toujours avec l'état de citoyen. Ainsi, le mot "Strados" qui signifie "l'armée" aux temps classiques, signifiait "le peuple" aux temps archaïques.

De même, le "campus" romain est à l'origine le lieu des réunions et des manifestations publiques où l'on délibère des questions intéressant l'Urbs. Le campus par excellence, c'est le "Campus Martius", le Champ de Mars, où le peuple se muait en armée et désignait les consuls. C'est là que chaque jour s'exerçaient les jeunes romains avant de se jeter dans le Tibre qui en longeait la rive.

Les assemblées de citoyens sont des assemblées d'hommes en armes : "pankus des Hittites, "thing" des anciens germains, "magos" des Gaulois.

Le "Populus" à l'époque des Mérovingiens ou des Carolingiens, désigne les "hommes libres en arme". Les serfs en sont exclus.

A la fin de la période carolingienne, observe Henri Martin dans sa monumentale Histoire de France, "l'héroïsme de l'épée compense le matérialisme de la terre. Le fer teutonique a réveillé la Gaule à son rude contact : il a ramené en Occident la liberté individuelle, la dignité humaine, le libre dévoument, les fières vertus qui naissent et fleurissent à l'abri de l'épée. L'individualisme gaulois, étouffé jadis sous le poids de l'Empire, reprend un essor prodigieux, pendant que la loyauté, la fidélité d'homme libre à homme libre, remplace l'aveugle obéissance de l'esclave au maître".

Peut-être notre inconscient porte-t-il l'atavique et sourde nostalgie de ces vertus enfouies ?"

Dominique Venner
Le livre des armes