vendredi 11 septembre 2015

Crimes religieux à bord d’un canot de migrants


Des chrétiens auraient été jetés à l’eau par des musulmans en pleine traversée de la Méditerranée, selon plusieurs témoins.​ Une enquête est ouverte. Crimes religieux à bord d’un canot de migrants 

L’affrontement se serait produit en pleine nuit, alors que le canot pneumatique, avec à son bord 105 personnes, commençait à se dégonfler. Deux groupes se sont formés. D’un côté les migrants musulmans, majoritaire sur ce navire parti le 12 avril des côtes libyennes ; de l’autre les chrétiens accusés de prier un autre Dieu. «Après les menaces, une dizaine de musulmans est passée à l’acte en commençant à jeter à l’eau certains d’entre nous», a raconté à la police italienne Yeboah, l’un des survivants de cette nouvelle tragédie sur les routes maritimes de la migration. 

Selon les magistrats siciliens qui ont ouvert une enquête pour «pluri-homicide aggravé de haine religieuse» à l’encontre de 15 personnes dont un mineur de 17 ans, 12 migrants seraient morts noyés. Les autres chrétiens à bord se seraient sauvés en résistant par la force et en formant une chaîne humaine, se tenant les uns les autres par les bras. «Nous, les chrétiens, on a survécu grâce à l’arrivée d’un bateau [de la marine militaire italienne, ndlr] qui nous a récupérés», a précisé Augustin devant les magistrats, à son arrivée à Palerme.  

Element déclencheur 
Au moins six témoignages s’accordent pour décrire ce qui ressemble à une véritable guerre de religion en pleine mer. «A un certain moment, au bout d’une journée de navigation, certains voyageurs musulmans ont commencé à s’en prendre à nous, chrétiens nigérians et ghanéens, uniquement parce que nous sommes d’une autre religion, en menaçant de nous jeter à la mer. Puis, plusieurs d’entre eux ont commencé à agir», a expliqué Francis, un jeune Ghanéen. 

L’élément déclencheur de cette folie homicide est encore obscur. Certains évoquent le nombre trop important de personnes sur le bateau, qui risquait de prendre l’eau. Le quotidien la  Stampa parle d’une rixe provoquée par la volonté des chrétiens de gérer les réserves d’eau à bord. D’autres témoins évoquent les prières d’un jeune chrétien qui pleurait et suppliait à haute voix Jésus, suscitant la colère des musulmans. 

Toujours est-il que, selon la police italienne, qui a arrêté les 15 meurtriers présumés à leur arrivée à Palerme, le motif de la colère «serait la profession de la foi chrétienne par les victimes, opposée à la foi musulmane professée par les agresseurs». Les magistrats palermitains assurent que les «témoignages sont cohérents» et ils n’excluent pas d’identifier d’autres responsables. 

«Nazaréens» 
«C’est la première fois que nous avons connaissance de ce type de violences religieuses à bord d’une embarcation», souligne Cristian Nani, directeur de Porte Aperte, une association de défense des chrétiens persécutés dans le monde. «Il n’est pas rare que dans leurs voyages pour rejoindre les côtes libyennes, les chrétiens subissent des vexations et soient rançonnés ou frappés parce que considérés comme des "Nazaréens". De même qu’une fois arrivés en Italie, ils sont parfois discriminés par certains groupes de migrants musulmans lorsqu’il s’agit d’obtenir par exemple des rations alimentaires, ajoute-t-il. Nous savons qu’il y a régulièrement des rixes sur les bateaux qui traversent la Méditerranée mais jamais auparavant pour des motifs religieux.» 

S’il arrive parfois que certains migrants mettent en avant les persécutions présumées dont ils seraient victimes pour obtenir plus facilement un droit d’asile, Cristian Nani souligne que l’enquête de la magistrature de Palerme se fonde sur des «témoignages divers et concordants».