mercredi 19 août 2015

L’art de la guerre au nouveau Moyen Age

La mondialisation comme nouveau Moyen Age : 
  • L’allégeance stato-nationale unique fait place à une pluralité d’allégeances tribales (mafias, diasporas, gangs, etc.). 
  • Il y a dissociation des rapports de droit et des rapports de fait : des institutions ayant pignon sur rue se vident de leur substance, des organisations informelles montent en puissance. 
  • On assiste à un retour d’une forme de darwinisme politique (en raison de la diversité et de la pluralité des formes d’organisation qui émergent) : ceux qui survivent ne sont pas les plus forts, mais ceux qui s’adaptent. 

Conséquence : on ne se bat plus pour défendre des institutions (État, armée), mais une civilisation (Kultur), une communauté, des valeurs – la substance remplace l’instance

On se bat comme on produit les richesses : 
  • Non plus de manière industrielle, massive et centralisée mais, selon les nouveaux paradigmes de la société de l’information, de façon décentralisée, en réseaux. 
  • La loi des petits nombres remplace la loi des grands nombres : c’est le retour de l’initiative individuelle. 

Conséquence : du point de vue de la conduite de la guerre, le système d’arme dominant n’est plus lié à la haute technologie ou à la puissance de feu : ce sont les idées qui dominent d’après le leitmotiv – créer la culture, donner les moyens, laisser faire le travail. 

La théorie du chaos : 
  • La vue globale n’est pas donnée a priori
  • Avec la complexité du monde actuel, le schéma d’ensemble découle a posteriori de l’accumulation de phénomènes apparemment sans lien avec les autres. 
  • Dans ces circonstances, le seuil critique une fois atteint, une simple perturbation – à première vue anodine – peut provoquer un véritable « raz de marée » (effet papillon) : fragilité des sociétés (pauvreté, no future) + fragilité des infrastructures (panne générale, catastrophe naturelle) + fragilité de l’Etat (dette publique, déficit budgétaire) = rupture de l’ordre social (Katrina, émeutes diverses). 

Conséquence : une réponse étatique et centralisée est contre-productive, seul un système décentralisé, bottom-up, redondant et autonome peut faire face

L’affrontement des volontés : 
  • Aujourd’hui, cet équilibre change d’échelle : l’affrontement dialectique des volontés (cœur de la stratégie) n’a plus lieu entre États ni entre armées, mais entre les individus eux-mêmes (terroristes, gangs, bandes criminelles). 

Conséquence : l’individu remplace l’État en matière de défense et de sécurité (d’où l’importance de ce qu’on appelle les forces morales : motivation, fraternité d’armes, slogan). 

La destruction de l’intérieur : 
  • A la menace d’un anéantissement de l’extérieur (invasion, occupation militaire étrangère, etc.) succède dorénavant celle d’une destruction de l’intérieur (prise en main des populations par le crime organisé ou les narco-trafiquants, insécurité et émeutes dégénérant en une situation de chaos généralisé). 

Conséquence : du point de vue tactique, le schéma de raisonnement n’est plus celui de la concentration – fixation – anéantissement (schéma classique de la bataille réglée), mais bel et bien celui de dilution – imbrication – destruction. 
  • Objectif (Zweck politique) : c’est la civilisation qui est visée plutôt que l’État (choc des cultures, djihad) 
  • But (Ziel militaire) : vider l’État de sa substance (clans, gangs et bandes remplacent le peuple et la nation) 
  • Ennemi : ce n’est plus un autre État, mais un adversaire structuré en groupes et réseaux open source 
  • L’individu remplace l’État en matière de défense et de sécurité 
  • Les forces morales dominent 

Bernard Wicht, Europe Mad Max demain ? Retour à la defense citoyenne