jeudi 6 août 2015

C’est au nom de la liberté que Charbonneau pose le problème de la nature dans la société industrielle

C’est au nom de la liberté que Charbonneau pose le problème de la nature dans la société industrielle. Il faut préciser ici que Charbonneau n’a jamais été l’apôtre d’un retour à la nature et qu’il ne croit pas qu’il y ait pour l’homme une manière « naturelle » de vivre qui définirait une fois pour toutes la bonne vie. Ce n’est pas la nature « en soi » que Charbonneau veut protéger : sa puissance cosmique dépasse infiniment l’homme et les galaxies n’ont nullement besoin de son respect. L’homme peut désormais se détruire biologiquement et spirituellement, mais il ne peut détruire la nature. Si l’homme introduit dans la biosphère des perturbations trop importantes, c’est toujours le jeu imperturbable des lois de la nature qui rendront la terre inhabitable pour l’homme ; la nature, elle, continuera à exister ; elle a pour elle les millions d’années et l’immensité du cosmos pour recommencer. La nature est invincible ; au contraire, c’est l’homme, et surtout l’homme capable de liberté, qui est fragile ; ce que Charbonneau redoute c’est que l’imprudence et l’inconséquence humaines favorisent une réorganisation de la nature qui, de toutes façons, produira de nouveaux équilibres – mais dans lesquels l’homme libre n’aura peut-être plus sa place. Ce n’est pas de protection de la nature qu’il s’agit, mais de celle de l’homme par et contre lui-même. 
     Pour Charbonneau, dans un monde qui tend à devenir totalement organisé, la protection de la nature est une nécessité, non seulement pour éviter des désastres écologiques et assurer la sécurité de l’humanité, mais aussi pour protéger le besoin humain de liberté. En effet, à la fois naturel et spirituel, l’homme a un besoin vital de rencontrer une nature hors de lui pour y éprouver charnellement la liberté ainsi que la richesse du monde. A ce besoin, le milieu industriel et technicien moderne ne peut répondre que d’une manière très limitée, et une artificialisation excessive du monde humain finirait par engendrer la fin de la liberté humaine. 

Daniel Cérézuelle, « Bernard Charbonneau, l’artificialisation du monde », in Radicalité, 20 penseurs vraiment critiques