dimanche 12 juillet 2015

L’artiste martial confucéen est à la fois un guerrier et un érudit


L’artiste martial confucéen est à la fois un guerrier et un érudit. Débutant avec les écrits de Confucius (551-479 avant J.C.), et se développant à travers les travaux postérieurs de quelques érudits comme Mencius (372-289 avant J.C.) et Zhu Xi (1130-1200), la pensée confucéenne relative au développement de la personnalité vise à cultiver le moi, avec pour objectif de produire un individu plein de ren, une « vertu maîtresse » supérieure décrite par Slingerland comme la qualité d’être « authentiquement humain. » Des traductions possibles du concept de ren incluent « bonté », « bienveillance » ou « humanité ». Les travaux effectués dans le courant de pensée confucéen ont eu un impact considérable et très large sur les arts martiaux asiatiques (pour exemple, William Bodiford affirme qu’environ 80% de l’entraînement martial japonais est basé sur des concepts de développement personnel néo-confucéen).
     Les cinq vertus de base de l’éthique confucéenne sont la bienveillance, la droiture, la politesse, la sagesse et l’honnêteté. Cultiver ces vertus implique l’étude, en particulier celle de la littérature classique, et la pratique continue des rituels recouvrant la méthode destinée à parfaire les comportements sociaux, ce qui peut aller de la manière de s’habiller à l’attitude à adopter en recevant des cadeaux. La répétition des comportements précis s’appuyant sur une méthode appropriée a pour objectif d’intérioriser les principes d’une action, d’une pensée et d’une émotion correctes. Au fur et à mesure que la maîtrise de ces principes s’accroît, l’élève gagne progressivement en flexibilité et finalement en autonomie par rapport aux règles spécifiques. Le sage sait comment et quand appliquer les règles de comportement dans un contexte donné, à un degré tel que les règles peuvent finalement être techniquement transgressées lorsque la situation l’exige.
     Les pratiquants d’arts martiaux reconnaîtront immédiatement ces principes, en ce qu’ils peuvent être appliqués à l’usage des katas (formes) dans l’entraînement. Le pratiquant commence à effectuer les katas d’une manière mécanique « comme dans les livres ». Après de nombreuses répétitions, le pratiquant commence à intérioriser les principes « derrière » la forme. Une fois que les principes sont intériorisés, le pratiquant gagne la flexibilité qui lui permet d’adapter instantanément la forme à des situations spécifiques, à un degré tel que les débutants qui observent l’expert peuvent penser que l’expert est en train de « violer » la forme. Selon les paroles d’un maître du Bujinkan, Masaaki Hastumi : « Il n’est pas question d’étudier une technique. Il est question de chercher quelque de chose de plus profond qui sert de fondement aux techniques »

Vertus martiales, Dr Charles Hackney