lundi 22 juin 2015

T’as fait quoi samedi soir ? Je me suis implanté une puce sous la peau

 
#ImplantParty. Découvrir, de bon matin, ce hastag sur Twitter, ça fait un effet bizarre. J’avais ressenti la même chose en apprenant qu’une équipe de chercheurs américains avaient fait pousser des « gueules ancestrales » à des poulets. Cet effet, je l’appelle « les poules vont bien finir par avoir des dents », à la croisée entre « la fin du monde est proche » et l’interrogation « mais jusqu’où vont-ils aller ? ». En gros, ça fait un peu peur.
 
Samedi 13 juin, le festival du numérique Futur en Seine a organisé sa première « Implant Party » (on peut traduire en français par « la fête de l’implant »). Huit personnes se sont fait implanter sur scène des puces RFID (de la taille d’un grain de riz assez balèze) entre le pouce et l’index.
 
Une « party » made in Sweden
Les « Implant Party » ne sont pas une invention française. On en retrouve à Miami, à Mexico, à Londres, à Copenhague... C’était d’ailleurs hier la première à être organisée dans l’Hexagone. L’idée vient de Suède (pas étonnant). A l’origine, on y trouve un groupe de bio-hackers appelé Bionyfiken. C’était eux qui officiaient hier, sur la scène de Futur en Seine.
 
L’un de ses représentants les plus médiatiques s’appelle Hannes Sjoblad. Lui et son collectif organisent ce genre d’évènements depuis plusieurs mois dans son pays d’origine. A Stockholm, une journaliste de France Info l’avait rencontré dans le cadre d’un reportage sur les « Implant Party ». Hannes Sjoblad avait présenté sa démarche : « Mon objectif, c’est de remplacer tout ce que vous avez dans votre poche par quelque chose que vous ne perdrez plus jamais [la puce RFID, ndlr]. »
 
Dans quelques années, prédit-il, vous pourrez payer le restaurant avec votre puce, avoir des infos sur votre état de santé, sur vos battements cardiaques et votre taux de sucre dans le sang. « Où est la limite ? Je crois qu’il s’agit juste de notre imagination. »
 
Pour l’instant, l’imaginaire va plus vite que les usages. Les implants RFID ne servent pas à grand chose.
 
Dans une salle « plutôt chic du centre-ville », la journaliste de Radio France rencontre quelques-unes et quelques-uns des implanté(e)s. A la question, « qu’est-ce que vous pouvez faire avec votre puce ? », l’une d’entre elle répond : « Je vais essayer d’aller au fitness avec, pour passer le portillon de sécurité, et aussi à l’entrée du parking. Je vais aller voir si je peux installer un détecteur sur la porte de chez moi. »
 
Parmi les autres usages qui existent déjà, notons l’ouverture de porte sécurisée grâce à la puce, le paiement du repas de cantine, l’activation de l’imprimante...
 
De retour sur sa chaise, Awa, la jeune implantée, réfléchit déjà à sa vie de cyborg : « Je vais pouvoir unlocker mon téléphone avec ça ! »
 
« C’est comme une seconde naissance »
L’intérêt ne réside pas encore dans les usages, qui devraient se développer assez rapidement, mais dans le geste d’implantation. La journaliste de Radio France a interrogé plusieurs implantés. Panel de pensées post-opératoires :
« Je me sens tellement mieux, maintenant, je suis au top, je suis plongé dans le futur. »
« Je suis un alien. »
« Je suis optimisé, j’ai l’impression d’être Superman. »
 
C’est un peu les mêmes réactions qu’on retrouve sur Twitter, après l’Implant Party d’hier. Awa écrit : « Appelez-moi cyborg ». Une autre utilisatrice du réseau social : « C’est fou, Awa est améliorée » (elle utilise en anglais le mot « upgraded », une notion informatique). Sur scène, le collectif de bio-hackers qui vient tout juste de Awa la félicite : « C’est comme une seconde naissance ».
 
« Seconde naissance », « amélioré », « cyborg », on se croirait dans une réunion « secret défonce » de transhumanistes. Mais non. Les implantés ne sont pas forcément des férus de technologie ou des gens attendant l’ère cyborg. Ce qui avait surpris la journaliste de Radio France. « On ne dirait pas comme ça, avec leurs tailleurs, mais ces jeunes cadres sont déjà en route vers le futur. »
 
Retour à Futur en Seine. Stéphane Distinguin, l’un des organisateurs du festival, un homme bien connu de la scène tech française, a éprouvé le même sentiment : « J’ai vu des gens d’horizons différents avoir envie de la même chose, pour des raisons différentes. »
 
La salle bondée a montré très peu de levées de boucliers.
« Il s’est dégagé quelque chose d’assez puissant de cette conférence. Personnellement, je suis arrivé sans voir ce qu’on pouvait en tirer, de cette technologie qui permet d’ouvrir des portes. Et j’en suis ressorti avec cette impression que ça donne un super-pouvoir, que l’homme ne fait qu’un avec le système (...) L’évènement implantait des choses sous la peau, oui, mais elle implantait surtout des choses sous la tête. »
 
Comme si, ma réaction primaire de « c’est la fin du monde », c’était déjà une réaction de réac.