vendredi 5 juin 2015

Snowden salue le recul du pouvoir de la NSA

Edward Snowden salue la décision du congrès américain de limiter les écoutes massives de la NSA. (DR)


Quatre journaux à travers le monde publient une tribune du lanceur d'alerte réfugié à Moscou depuis 2013 après avoir dénoncé un vaste programme d'écoute massive de la NSA. Et ce à quelques jours de l'examen par le Sénat français d'une loi sur le renseignement contestée.

Libération en France, The New York Times aux Etats-Unis, Der Spiegel en Allemagne et El Pais en Espagne publient simultanément aujourd'hui une tribune confiée à Amnesty international par le lanceur d'alerte américain Edward Snowden actuellement réfugié en Russie. Il avait révélé il y a deux ans l'étendue du programme de surveillance massive de la NSA dans le cadre du Patriot act voté par le Congrès américain dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001. Le gouvernement américain avait porté plainte contre lui pour espionnage.

Optimiste

Edward Snowden s'y montre optimiste: «Pour la première fois depuis le 11 septembre, nous discernons les contours d'une politique qui tourne le dos à la réaction et à la peur», constatant que «les rapports de force commencent à changer». Le lanceur d'alerte explique d'abord dans son texte qu'il avait craint que le public réagisse avec indifférence à ses révélations. «Je n'ai jamais été aussi heureux d'avoir eu tort».

En l'espace de quelques mois se réjouit-il, «le programme intrusif de suivi des appels de la NSA a été déclaré illégal par les tribunaux et désavoué par le Congrès». Il explique que la Maison-Blanche elle-même a jugé que ce programme n'avait pas permis d'empêcher une seule attaque terroriste. Ce qu'il estime comme la «fin de la surveillance de masse des appels téléphoniques privés» a été permise par une prise de conscience mondiale.

Il rappelle que les Nations unis ont récemment déclaré que la surveillance de masse constituait sans ambiguïté une violation des droits humains. Que la mobilisation de citoyens brésiliens a permis l'adoption par le Brésil du «Marco civil, la première déclaration des droits de l'Internet au monde». Il évoque le Conseil européen qui a préconisé l'adoption de nouvelles lois empêchant la persécution des lanceurs d'alerte.

«Failles secrètes détectées»

Edward Snowden se félicite que, «au-delà du droit, les progrès ont été encore plus rapide». Il en veut pour preuve les nouveaux dispositifs permettant de sécuriser la confidentialité des données échangées sur Internet. Il salue «le chiffrage… désormais activé par défaut dans les produits d'entreprises pionnières comme Apple.». Il se réjouit que «des failles secrètes dans les infrastructures essentielles qui avaient été exploitées par des gouvernements afin de faciliter la surveillance de masse ont été détectées et corrigées».

Edward Snowden salue les évolutions technologiques permettant une protection du droit des citoyens contre l'adoption de lois «ne respectant pas la vie privée comme celles actuellement mise en œuvre en Russie» où il est réfugié.

Mais le droit à la vie privée reste selon lui menacé par d'autres programmes et autorités. Il dénonce certains services en ligne parmi les plus populaires qui sont devenus «les partenaires des programmes de surveillance de masse de la NSA», les gouvernements qui «font pression sur des entreprises technologiques afin qu'elles travaillent contre leurs clients plutôt que pour eux».

Edward Snowden conclut en notant «l'émergence d'une génération post terreur… Nous découvrons que la valeur du droit ne se mesure pas à ce qu'il cache mais à ce qu'il protège».

Ce texte est publié alors que dans quelques jours, en France, le Sénat doit se prononcer sur un projet de loi sur le renseignement qui, selon ses détracteurs, permet la mise en place de dispositifs de surveillance massive et indifférenciée qui cacherait un patriot act à la française.

De nombreuses voix se sont élevées ces derniers mois pour demander que la France donne asile au lanceur d'alerte américain. On se souvient que, début juillet 2013, les autorités françaises avaient refusé le survol du territoire à l'avion présidentiel bolivien qui revenait de Moscou. Elles soupçonnaient la présence d'Edward Snowden à bord. Le président Evo Morales avait fort peu apprécié l'escale obligatoire qu'il avait dû faire à Vienne à cause de cette interdiction.