mardi 23 juin 2015

Migrants : hébergé dans un centre à Nanterre, Mamadou a préféré retourner dormir dehors


Nous l'avions quitté jeudi 11 juin, devant la caserne Château-Landon, à Paris. Derrière la vitre d'un bus de la police, Mamadou n'arrivait pas à se réjouir de la proposition de 110 places d'hébergement faite par la mairie de Paris pour que les migrants et leurs soutiens évacuent la caserne abandonnée. "On ne sait pas où on va, ni pour combien de temps", expliquait-il. 

Le jeune Guinéen de 22 ans n'est finalement resté qu'une nuit au centre d'hébergement et d'assistance aux personnes sans abri (Chapsa) de Nanterre (Hauts-de-Seine). Joint par téléphone mardi 16 juin, il explique pourquoi. "Vraiment, c'était dégueulasse, on ne pouvait pas rester là-bas, on a dormi avec des clochards et des SDF, assure-t-il. Vous ne pouvez pas nous mélanger avec ces gens-là." D'autres migrants décrivent en effet un centre dans "un état déplorable, très sale". Libération rappelle toutefois qu'il a été rénové en janvier 2015. 

"Même si nous sommes dehors, je préfère cela au centre" 
Pour Mamadou, la mairie de Paris n'a donc pas tenu sa promesse. "On croyait qu’ils allaient nous envoyer dans des hôtels ou des centres spécialisés pour les immigrés", dit-il. "Il n'y avait même pas de nourriture là-bas", poursuit le jeune homme, qui rappelle également que tous les occupants de ce type de centres doivent quitter les lieux pendant la journée. 

Vendredi matin, Mamadou et ses camarades ont donc préféré retourner à Paris, pour rejoindre le nouveau campement des jardins d'Eole (19e arrondissement), où se sont installés quelques migrants oubliés par la préfecture la veille. "Même si nous sommes dehors, je préfère rester là que dans le centre", explique le jeune demandeur d'asile, qui dit avoir quitté la Guinée-Conakry pour des raisons politiques. 

Et de justifier sa position : "Dans ce jardin, on a des couvertures, des matelas et de la nourriture que les voisins et les associations nous donnent", énumère-t-il. Des conditions de vie qui lui rappellent celles du camp de la Chapelle, évacué le 2 juin. "J'ai passé l'hiver là-bas, tu es dans une tente, tu as ton lit, tu es à l'aise", raconte-t-il. Avec ses camarades, il attend de nouvelles propositions de la mairie : "Nous sommes là et nous n'allons pas partir." L'errance des migrants de Paris de campement en campement n'est pas terminée.