vendredi 5 juin 2015

Ménard transforme la mairie de Béziers en laboratoire anti-ondes

La mairie de Béziers se transforme tous les jours un peu plus en laboratoire controversé. Après les statistiques ethniques à base de prénoms, Métro révèle que le conseil municipal a adopté une convention visant à équiper des employés municipaux de patchs et pendentifs anti-ondes électromagnétiques.

C’est l’entreprise biterroise Ginko qui a proposé à la mairie de tester ses produits, sans contrepartie financière. Contacté par Rue89, Adil Choukri-Touri, conseiller municipal Front national à Béziers, explique les raisons de ce soutien municipal.

« Lever le tabou des ondes »

« C’est une entreprise locale et innovante qui nous a transmis des éléments très sérieux sur l’efficacité de leur concept.

Nous avons accepté d’utiliser ces patchs par principe de précaution. Nous voulons lever un tabou sur la question des ondes ! »

Le maire de Béziers,
Robert Ménard, en conseil municipal le 5 mai 2015
(AFP PHOTO/PASCAL GUYOT)
Le 5 mai dernier, la convention de partenariat avec l’entreprise est présentée en conseil municipal. Celle-ci prévoit une expérimentation de grande ampleur.

« Ginko France met gracieusement à disposition de la commune des patchs en circuit souple permettant d’appliquer le principe de protection contre d’éventuels effets nocifs des ondes électromagnétiques générées par les appareils connectés.

Ces études de laboratoire permettent déjà d’affirmer, sans ambigüité possible, certaines propriétés de ces patchs mais la société Ginko poursuit ses recherches afin de compléter et enrichir ses observations.

C’est dans ce cadre qu’elle souhaite réaliser une étude observationnelle sur 30 volontaires parmi les 130 personnes qui seront équipées de ces patchs. »

Des patchs et des pendentifs à gogo

Voir le document
L’entreprise met ainsi à disposition (voir PDF) 100 patchs tablettes, 30 patchs pour téléphones portables et 10 pendentifs, pour une valeur commerciale de 4 900 euros. A l’issue de cette convention, ces objets pourront être conservés par ceux qui le désire.

Face à cette présentation inattendue, le conseiller municipal communiste Aimé Couquet s’interroge.

« Je regarde de près les implantations de nouvelles antennes avec l’association Robin des Toits, mais personne n’a prouvé l’efficacité de ces patchs.

On nous propose une expérience, mais on ne sait même pas vraiment pourquoi. On dirait que c’est pour faire plaisir à quelqu’un. »

« Invention du Professeur Tournesol »

Même opposition et consternation du côté socialiste, avec le conseiller municipal Jean Michel Du Plaa.

« Je ne voyais pas pourquoi les employés municipaux devraient servir de cobayes à cette entreprise. Les quelques renseignements avancés ne m’ont apporté aucune assurance scientifique. Cela donnait plutôt l’impression d’une invention du Professeur Tournesol. »

L’opposition des quatre élus sera insuffisante. La convention est finalement adoptée par 45 voix contre quatre.

Adil Choukri-Touri, de son côté, se félicite et lance dans la foulée un appel aux volontaires parmi les employés de la mairie.

« Nous avons trouvé rapidement 30 employés pour réaliser un examen clinique avant l’installation des patchs le 17 juin et après six mois d’utilisation. »

Expérimentation et examens sur 6 mois

Ces tests seront réalisés par le docteur Jacques Gaujac et le professeur de médecine nucléaire et d’IRM au CHU de Montpellier, Michel Zanca.

Un contrôle scientifique que mentionne en boucle l’un des associés de l’entreprise, Philippe Roustit.

« Nous ne disons pas que les ondes sont néfastes, on ne sait pas si elles ont des effets négatifs. Nous avons seulement identifié qu’elles exercent des tensions sur les muscles.

Par principe de précaution, nous proposons ces patchs de déphasage qui absorbent une partie des ondes et évitent les tensions. »

« Aucun effet probant »

Il rejette en bloc le rapport [PDF] de l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire) sur le sujet, qui concluait en 2013 :

« Cette étude de mesure de l’efficacité de “ dispositifs de protection contre les rayonnements électromagnétiques” [...] ne montre aucun effet probant de ces dispositifs sans une altération des performances du téléphone mobile.

Au contraire, les protections qui modifient les performances radioélectriques des téléphones mobiles, en dégradant par exemple les capacités de réception, risquent, dans des conditions d’utilisation réelles, d’augmenter le niveau d’exposition de l’utilisateur. »

Leurs patchs n’étant pas encore commercialisés au moment de l’enquête, l’entreprise affirme avoir développé une solution différente et efficace.

Pour couper court aux détracteurs, ils continuent de déposer des petites annonces dans les boulangeries et les bureaux de tabac afin de trouver des cobayes, et promettent de tester leurs prototypes sur les salariés d’autres entreprises de la région.

L’objectif : publier un article dans une revue scientifique. Un jour, peut-être.

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