samedi 6 juin 2015

Maintenant qu’il ne fait plus jamais nuit noire...

La Voie lactée à Denneville (Manche), un jour de coupure de courant (Jean-Daniel Pauget/Flickr/CC)
 
La pollution lumineuse a englouti la nuit noire et la possibilité d’observer les étoiles. Pour tenter de voir ce trésor menacé, notre journaliste a rejoint dans l’Yonne des astronomes amateurs, passionnés mais inquiets.
 
Combien d’étoiles pouvez-vous voir la nuit, depuis chez vous, quand la Lune n’est pas pleine et que le temps est bon ?
Vos réponses à cette question en disent long sur vous.
 
Si – comme c’était mon cas avant d’écrire cet article – vous êtes incapable de répondre, vous faites sûrement partie de la large majorité de Français qui n’ont pas conscience de la pollution lumineuse qui a englouti la nuit noire.
 
S’il vous arrive de lever les yeux vers le ciel nocturne et que vous y comptez entre 10 et 50 étoiles, c’est que vous vivez au cœur d’une grande ville, comme au moins un tiers des Français.
 
Les habitants de la France périurbaine peuvent apercevoir jusqu’à 500 de ces astres. Rares sont les ruraux qui peuvent encore en apercevoir plus de 1 500 et même contempler régulièrement la Voie lactée.
 
En 2025, fin de la nuit noire américaine
La nuit noire – ce spectacle qui s’est offert presque toutes les nuits à l’humanité pendant 99,99% de son histoire – est aujourd’hui inaccessible à une majorité d’entre nous. Pour mesurer la rapidité et la violence de cette disparition, rien de tel que de regarder les images satellites à quelques décennies d’écart.
 
Ce halo s’étale presque sans fin, principalement en Europe, au Japon et en Amérique du Nord, le continent où cette pollution est la plus impressionnante. Les lumières nocturnes y sont si nombreuses et puissantes qu’elles s’étendent jusqu’au cœur des immenses parcs nationaux.
 
Les lumières de la ville de Phoenix polluent aujourd’hui le ciel du Grand Canyon pourtant situé à 300 kilomètres plus au nord. Les spécialistes du sujet estiment que d’ici 2025, la Voie lactée ne sera plus visible que dans trois zones des Etats-Unis (une zone qui s’étale du sud-est de l’Oregon à l’ouest de l’Idaho, une autre qui va du nord-est du Nevada à l’ouest de l’Utah, et une troisième qui correspond grosso modo au plateau du Colorado).
 
Les membres de l’observatoire de Kitt Peak, le plus grand du pays, ont prévenu : si le halo lumineux de Phoenix continue de s’étendre, leur centre sera menacé d’ici dix ans.