vendredi 5 juin 2015

Hollande : trois ans d'échec face au chômage


Les chiffres du mois d'avril confirment la tendance. Depuis le début du quinquennat, le nombre de demandeurs d'emploi a augmenté de 641.200 pour atteindre 3,5 millions. 
Les services du ministère du Travail ont eu beau faire tourner les chiffres dans tous les sens, il leur a été impossible de trouver le moindre indicateur pouvant laisser penser que la situation sur le front du chômage s'améliore. Pourtant, il y a un mois, François Rebsamen martelait que «les mesures adoptées commencent à porter leurs fruits», graphique à l'appui montrant que le nombre d'inscrits à Pôle emploi diminuait, en moyenne sur plusieurs mois. Et laissait entrevoir la fin du tunnel pour bientôt… 

Lundi soir, le ministre du Travail n'avait pas en main de courbe inversée pour maquiller la vérité : le chômage est sur une pente ascensionnelle que rien ne semble arrêter. Les données de fin avril comptent parmi les plus mauvaises enregistrées depuis l'élection de François Hollande à la présidence de la République: 26.200 nouveaux inscrits en catégorie A, la deuxième pire progression en 12 mois et la 31e hausse en 36 mois de mandat ; augmentation du nombre de demandeurs d'emploi dans toutes les classes d'âge, et particulièrement chez les moins de 25 ans (+ 0,8 % en catégorie A), pourtant au centre de toutes les attentions gouvernementales ; envolée du nombre de chômeurs de longue durée (+ 1,1 %)… Résultat, le nombre de chômeurs en catégorie A atteint désormais 3,536 millions en métropole, soit 641.200 de plus en trois ans.

François Rebsamen a beau garantir que la politique gouvernementale «a permis de limiter les effets de la crise pour de très nombreux Français», il en est réduit à annoncer le renforcement de l'arsenal du traitement social du chômage pour tenter de limiter l'hémorragie : 100.000 contrats aidés et 60.000 chômeurs en formation de plus cette année. Un gros coup de pouce, le temps que le rebond de croissance enregistré au premier trimestre se répercute dans les chiffres du chômage. «Il faut un délai de plusieurs mois avant que la reprise de l'activité ne se traduise par des embauches», justifie le ministre du Travail. 

L'envolée du mois d'avril est cependant encore plus spectaculaire en intégrant les demandeurs d'emploi en activité réduite (catégories B et C), puisqu'elle atteint 54.100 sur un mois, soit le plus mauvais résultat enregistré depuis septembre 2013. Cet indicateur, dont l'exécutif ne parle jamais, se détériore il est vrai depuis 2008, puisqu'il en est à sa 84e hausse mensuelle d'affilée (en excluant la baisse de 43.800 demandeurs d'emploi enregistrée en août 2013 à cause du bug SFR)! Mais il n'en demeure pas moins vrai que le million d'inscrits supplémentaires depuis le début du quinquennat en catégories A, B et C a été dépassé à la fin avril, pour avoisiner désormais les 5,35 millions de demandeurs d'emploi. 

Six millions 
Au total, le nombre d'inscrits toutes catégories confondues (incluant les D et E, qui recensent les chômeurs non tenus de rechercher un emploi parce qu'ils sont en congé maladie, maternité, en contrat aidé ou en reconversion) tangente désormais les 6 millions de personnes. Là encore, un record reflétant les trois premières années de mandat de François Hollande, incapable d'enrayer la progression du chômage. 

Pourtant, le président de la République y a mis les moyens : plus de 3 milliards d'euros par an pour financer 450.000 contrats aidés à destination des publics éloignés du marché du travail ; 40 milliards d'euros de baisse, sur trois ans, des prélèvements sur les entreprises afin qu'elles embauchent ; pas moins de deux chocs de simplification pour les entreprises, etc. Le chef de l'État a cru dans le courant de l'année 2013, notamment grâce aux 150 000 emplois d'avenir budgétés sur deux ans pour les jeunes décrocheurs, qu'il parviendrait à inverser la courbe du chômage. Il l'a même promis, à maintes reprises, aux Français… 

Mais rien n'y fait. «On est sur une piste de déclin et on n'a pris aucune décision qui permette de l'enrayer, à commencer par assouplir le CDI», accuse le dirigeant d'une grande organisation patronale. «Le chômage augmente bien plus vite depuis mai 2012 que lors du quinquennat précédent, alors même que tous nos voisins européens profitent à la fois de retour de la croissance et des effets bénéfiques des réformes», abonde Éric Woerth, l'ex-ministre UMP du Travail.