samedi 27 juin 2015

«Grenoble, c'est exactement comme dans la série Gomorra»

 
Pour Pierre Tholly, le responsable sud-est du syndicat policier Alliance, les trois fusillades de ce week-end à Grenoble sont la preuve d'une «banalisation» de la violence extrême dans la ville.
 
LE FIGARO.- Un cap a-t-t'il été franchi dans l'escalade de la violence avec les trois fusillades ce week-end, qui ont fait un mort samedi soir ?
Pierre THOLLY. - L'agglomération de Grenoble est particulièrement difficile depuis 30 ans, cela n'a rien de nouveau. Mais on peut estimer qu'un cap a été franchi en effet, notamment avec les fusillades de jeudi soir qui se sont produites aux portes du centre-ville, au sein du quartier Saint-Bruno. Saint-Bruno n'est pas un quartier facile mais l'on n'y est pas habitué aux coups de feu. Nous constatons une terrible banalisation voire une ‘démocratisation' du passage à l'acte extrême. Utiliser une arme est devenue à Grenoble un acte banal, un passage presque obligé dans la défense d'un territoire dans le cadre d'un trafic de stupéfiants. Ces règlements de compte se développent et vont maintenant avoir lieu aux quatre coins de la ville, à la sauvage.
 
Certains habitants réclament des caméras de surveillance au maire Eric Piolle (EELV), qu'il refuse de mettre en place. Que pensez-vous de cette politique ?
Eric Piolle avait même promis lors de sa campagne qu'il les démantelerait toutes, avant de rétro-pédaler. Les caméras de surveillance sont indispensables et je regrette que le maire ne décide pas d'en installer de nouvelles dans les endroits difficiles. D'une part, elles ont un effet dissuasif très important. Et d'autre part, elles permettent évidemment aux enquêteurs de gagner un temps précieux dans l'identification des auteurs de fusillade. D'autant plus que le seul moyen de faire baisser la criminalité à Grenoble est de démanteler les réseaux de trafic de drogue, de procéder à des interpellations massives.
 
Dès que des interpellations sont réalisées, les seconds couteaux ne prennent-ils la place des premiers ?
La nature a en effet horreur du vide. Le trafic à Grenoble est organisé selon un modèle très clair, celui de la mafia Camorra, née au XIXème siècle à Naples. Le business est divisé entre les guetteurs et les vendeurs. Les trafics se font aux yeux de tous, dans les cités, en libre-service. C'est exactement comme dans la série Gomorra, qui raconte la guerre entre deux bandes mafieuses à Naples pour avoir la main-mise sur l'ensemble des trafics de la ville. Dans les quartiers comme Villeneuve ou Village Olympique, les trafiquants craignent bien davantage ces règlements de compte que la police. A Marseille, on dénombre quasiment un mort par semaine. Ici, c'est la poudrière, et on n'en est plus si loin.