vendredi 29 mai 2015

"Y'a bon Banania" disparaîtra bel et bien

 
Le Mrap a encore obtenu gain de cause en appel: la société Nutrimaine doit cesser de mentionner le fameux slogan, sous peine d'une astreinte de 20 000 euros par infraction.
Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap) a obtenu jeudi devant la cour d'appel de Versailles que Nutrimaine, société titulaire de la marque Banania, fasse cesser la vente de produits portant le slogan "Y'a bon". Pourtant, les militants du Mrap et du Collectif des Antillais, Guyanais et Réunionnais (Collectif Dom), avaient déjà en 2006, convaincu la firme de signer un protocole d'accord, à travers lequel elle s'engageait à radier la formule de son vocabulaire et de son marketing. Mais voilà, Le Mrap, ainsi que le collectif DOM, ont fait constater par huissier la présence en 2008 de produits dérivés portant le message "Y'a bon", accolé à la marque et à la célèbre image du tirailleur sénégalais, dans une boutique parisienne et sur un site Internet.
 
"Ca n'est plus possible"
Dans son arrêt, la cour a considéré que la société Nutrimaine devra faire disparaître "sous quelque forme et quelque soit le moyen, la fabrication et la commercialisation de toute illustration sur laquelle apparaîtrait" la fameuse phrase. Elle a prononcé une astreinte de 20.000 euros par jour par infraction constatée.
 
D'où vient le slogan? Inventé en pleine première Guerre Mondiale en référence aux régiments de tirailleurs sénégalais, le slogan, perçu aujourd'hui comme raciste et portant atteinte à la dignité humaine, n'a pourtant plus été utilisé pendant trente ans...jusqu'au rachat de la marque de poudre cacaotée par Nutrimaine, en 2003.
 
Le Mrap, qui réclamait au total 650.000 euros de dommages et intérêts à la société, a été débouté de cette demande.
 
"On ne fait pas de marketing avec des expressions passéistes. A l'époque, en 1914, nous étions en pleine période colonialiste. En 2005 ou 2010, ça ne paraît plus possible de stigmatiser une couleur pour un produit", a déclaré Me David Marty, l'avocat de l'association. "On ne peut pas distiller aux enfants dès le biberon qu'un Noir, au visage grossier, dit 'Y'a bon' et ne sait pas parler autre chose qu'un français simplifié", a-t-il ajouté.