vendredi 22 mai 2015

En 1988, la mission de Jospin est accomplie : la mouvance trotskiste a investi le PS et marginalisé les chevènementistes

En mai 1981, tout change. Devenu premier secrétaire du PS après l'entrée de Mitterrand à l’Élysée, Lionel Jospin troque son statut de "taupe" pour celui de "correspondant". S'il maintient des contacts réguliers avec Pierre Lambert, celui-ci le soupçonne de rouler pour son propre compte. Bref, de ne plus seulement  investir le parti dans l'intérêt de l'OCI, mais pour le sien propre ! A François Mitterrand, Jospin rend alors un dernier service : réduire, après celle du PCF, l'influence du Cérès de Jean-Pierre Chevènement, auquel Mitterrand doit d'avoir gardé le contrôle du PS, face à l'offensive rocardienne du congrès de Metz, en 1979, mais auquel il reproche ses positions par trop "nationalistes", incompatibles en tout cas avec la voie européenne qu'il emprunte à partir de 1983.
     C'est alors qu'a lieu un événement décisif : le rachat, en 1985, via la Mnef, de l'imprimerie de l'OCI, lourdement déficitaire, en échange de l'adhésion  au PS de 300 militants trotskistes qui deviendront l'armature de la "jospinie" conquérante dans les années 1990, sous l'influence de Jean-Christophe Cambadélis.
     En 1988, en tout cas, la mission de Jospin est accomplie : la mouvance trotskiste a investi le PS et marginalisé les chevènementistes (qui ont perdu, en 1983, le contrôle de la puissante fédération de Paris), tout en lui assurant la mainmise sur le monde étudiant, via notamment SOS Racisme, l'Unef... et la Mnef. Coïncidence ? La plupart des personnalités citées dans les démêlés de cette dernière avec justice sont d'anciens membres de l'OCI passés au PS !
     Pour Pierre Lambert, alors, l'affaire est entendue : Jospin n'est plus désormais qu'un "déviationniste" enrôlant ses amis et leur savoir-faire au profit de son destin personnel.

Yves Bertrand, Je ne sais rien mais je dirai (presque) tout