jeudi 21 mai 2015

De vrais Robin des Bois

Au cours du XVe siècle se forge la légende de Robin des Bois. Détrousser les riches pour redistribuer aux pauvres n’est cependant pas toujours une légende. L’histoire, même récente, regorge de faits qui relèvent des formes de résistance non violentes et dont la nature politique ne peut être mise en doute. Le personnage d’Arsène Lupin fut, entre autres, inspiré par Marius Jacob, un révolutionnaire né en 1834 qui commit plusieurs dizaines de cambriolages, jusqu’à sa condamnation à 23 ans de bagne. Robin des Bois des temps modernes, il volait aux riches pour faire des cadeaux aux gens qu’il appréciait, et notamment aux femmes... 

Plus récemment, en 2007, Peter Tabubinger, un banquier allemand, est condamné à deux ans et deux mois de prison pour avoir volé en cinq années 2,1 millions d’euros à ses clients les plus riches. Un somme entièrement reversée à des gens dans le besoin, dans la région de Tauberfranken, au sud de l’Allemagne. En septembre 2008, dans un magazine financé par son butin et distribué gratuitement dans toute la Catalogne, Enric Duran avoue publiquement qu’il a extorqué 492 000 euros à différentes institutions financières dans le but de dénoncer le système capitaliste, « prédateur », et de financer différents mouvements sociaux anticapitalistes et alternatifs. Arrêté en mars 2009 lors d’une conférence de presse présentant une nouvelle publication gratuite à l’Université de Barcelone, il est libéré quelques mois plus tard, et se lance dans l’organisation d’une grève des utilisateurs des banques, invitant les citoyens à retirer leur argent et ne plus payer ni les prêts ni les hypothèques. Il propose aussi différentes initiatives pratiques pour vivre hors du système capitaliste, et promeut la création de coopératives intégrales permettant, à l’aide de monnaies locales, de fournir du travail en autogestion à des personnes au chômage ou insolvables. 

En octobre 2009, dans le Michigan, aux États-Unis, la directrice d’une agence bancaire, Patricia Keezer, est condamnée à un an et un jour de prison pour avoir volé près de 230 000 euros en l’espace de 8 ans. Elle distribuait l’argent à ses clients en difficulté, afin de les aider à rembourser un emprunt immobilier, à réparer leur voiture ou payer leurs impôts. Le juge a préféré infliger la peine minimale avant d’ajouter : « Vous êtes comme une Robin des Bois moderne. Mais ces temps-là sont loin et révolus ». Ce même mois d’octobre 2009, un banquier est jugé par le tribunal de Belfort parce qu’il prélevait depuis 2004 de l’argent sur des comptes bien fournis, afin de le reverser sur celui de clients un peu moins aisés. Le tribunal fit preuve d’indulgence et ne le condamna qu’à six mois de prison avec sursis

Désobéir à l’argent