vendredi 29 mai 2015

Calanques : les promeneurs géolocalisés

 
Combien y a-t-il de promeneurs dans les calanques de Marseille, qui attirent chaque année de plus en plus de visiteurs ? "Sur une année, on estime que deux millions de personnes fréquentent le parc", évalue Didier Réault, le président du Parc.
 
En cette saison, où le climat est idéal, on se bouscule certains jours sur les sentiers de Sugiton ou de Morgiou ! Victime de son succès, ce parc, dont on veut préserver le caractère sauvage, va-t-il grouiller comme la Canebière ? "Notre objectif est évidemment de gérer la fréquentation, sur le moyen et long terme, poursuit Didier Réault. Et pour cela, il nous faut savoir où vont les visiteurs, d'où ils viennent, ce qu'ils cherchent et combien de temps ils restent."
 
Ces données seront bientôt disponibles grâce à un suivi à la trace de chacun de ces promeneurs. Ou plutôt du téléphone portable que 99 % d'entre eux emportent dans leur sac à dos.
 
Un pistage 'Big Data"
"Grâce à un partenariat passé avec Orange et le comité départemental du tourisme qui utilise déjà cette technique, nous allons pouvoir géolocaliser chaque téléphone présent sur les 520 km² du parc", explique Didier Réault.
 
Mis en oeuvre depuis quelques semaines, ce pistage "Big Data" est évidemment anonyme. Les données fournies, traitées massivement, sont protégées par la CNIL. La géolocalisation est activée au moment même où vous franchissez les frontières du parc national.
 
Baptisée Fluxvision, cette technique, qui fait figure de révolution dans l'analyse statistique du secteur touristique, est déjà utilisée par le comité départemental du tourisme, précurseur dans ce domaine, pour mesurer la notamment la fréquentation de nombreux événements et sites.
 
Objectif : mieux gérer la fréquentation
Ce "mouchard" permet non seulement de compter les visiteurs et de savoir précisément la fréquentation selon les périodes de l'année, mais aussi de connaître les lieux qu'ils préfèrent et le temps qu'ils y passent.
 
Et même, grâce aux éléments fournis par Orange, d'obtenir le portrait-robot du promeneur pisté : habite-t-il Marseille, Avignon, Tokyo ou Helsinky ? S'agit-il d'un résident, d'un excursionniste, d'un touriste ? "Nous pourrons ainsi anticiper le placement des gardes-moniteurs du Parc et de la signalétique, repérer les endroits où une présence est nécessaire", se félicite Didier Réault. Une meilleure gestion des flux de visiteurs tout au long de l'année est déjà au programme, dans le cadre de partenariats passés avec les offices du tourisme et les tours. Objectif : inciter les groupes et les "randoperators" à privilégier des saisons moins fréquentées.
 
Taxe de mouillage : des assurances jugées peu rassurantes
Malgré l'engagement formel pris par plusieurs élus locaux et la direction du Parc national des calanques de ne pas appliquer la taxe de mouillage si celle-ci venait à être adoptée par le Parlement, les plaisanciers provençaux n'en restent pas moins très inquiets. Le projet vise en effet à faire payer le fait de jeter l'ancre dans une aire marine protégée ; la redevance d'un montant variable pouvant atteindre 20€ par mètre linéaire de coque, soit 100€ par jour pour un petit bateau de 5 mètres.
 
Pour le président de la Fédération des sociétés nautiques des Bouches-du-Rhône, Michel Lamberti, qui s'exprime au nom de ses 32 clubs et de leurs milliers d'adhérents, "une taxe qui existe mais que l'on n'utilise pas constitue une bombe à retardement, parce qu'un élu, quel qu'il soit, sera toujours tenté d'y recourir, surtout dans un contexte de désengagement financier massif de l'État".
 
Quant à la justification de la taxe, Michel Lamberti ne mâche pas ses mots :"Si le fait de mouiller une ancre constitue un danger grave et imminent pour les fonds marins, il n'y a pas cinquante solutions : ou bien on l'interdit ou bien on l'organise. Mais faire payer les plaisanciers ne correspond à aucune logique car l'argent récolté ne va jamais servir à replanter des posidonies. Et il y a pire : le message que les gens vont retenir sera : je paye, donc je peux jeter l'ancre, donc je peux détruire les fonds".