jeudi 2 avril 2015

Richard Millet : « Le Système a élevé le mensonge au rang de vérité »


Sur son blog, il a été l’un des premiers à écrire qu’il n’était pas Charlie. Romancier, essayiste, polémiste, Richard Millet est de ces écrivains francs-tireurs dont la critique de l’idéologie dominante indigne et révolte les gentils et les bien-pensants. Sa mise à mort médiatique en 2012 et son départ de chez Gallimard, suite à la publication de son éloge littéraire d’Anders Breivik, en dit long sur cette « liberté d’expression » chérie par la France depuis l’attentat contre Charlie Hebdo… 

Depuis l’attentat de Charlie Hebdo, on assiste au déploiement d’une effarante propagande où il n’est question que de liberté d’expression. Que vous inspire la pseudo-unité nationale qu’elle suscite, vous qui avez été condamné à mort socialement et médiatiquement pour vos écrits ? 
Ce genre d’unanimité ne peut se faire, comme René Girard l’a montré, qu’au détriment de quelques-uns. La prétendue recomposition nationale qui a eu lieu après les meurtres de Charlie Hebdo nous dit deux choses : d’abord qu’elle n’aurait pas été aussi grande si les victimes n’avaient pas été des journalistes (les meurtres de Toulouse et de Montauban, il y a deux ans, pourtant de même nature, n’avaient pas suscité un pareil émoi) ; il est vrai, ces journalistes appartenaient à l’extrême-gauche, celle-là même qui clame qu’il n’ y a pas encore assez d’immigrés, pas assez d’« Europe », et qu’il faut en finir avec les nations. D’autre part, cette unanimité s’est faite au détriment même de la « liberté d’expression », c’est-à-dire de ceux qui, Français de souche et catholique sont constamment insultés par Charlie Hebdo. Il en va de cette liberté comme de la « tolérance » : elle est une arme de contrôle, pour le pouvoir médiatico-politique qui trouve à présent chez Zemmour, Camus, Finkielkraut et moi-même des « responsabilités » dans le climat d’ « islamophobie » qui fait des musulmans les victimes d’un « amalgame », d’une « stigmatisation » (ces mots ayant remplacé celui, dévalorisé, de racisme). Le serpent socialiste se mord d’ailleurs la queue : son discours rejoint ici celui des islamistes prétendus « modérés ». 

La religion républicaine peut-elle s’aveugler encore longtemps sur le fait qu’elle n’est qu’un dangereux simulacre ? Est-ce finalement l’islam qui va le lui apprendre ? 
L’islam, dans sa violence comme dans ses conquérantes prétentions juridiques, a le mérite de rappeler, involontairement, que la classe politique joue, depuis une trentaine d’années, avec le feu immigrationniste. Soyons réalistes ; il y a une bonne immigration : celle qui veut s’assimiler, et une autre, problématique, généralement musulmane, qui trouve dans le multiculturalisme une citoyenneté minimaliste. Je suis « français » faute de mieux (faute d’être américain, par exemple, ou de vivre selon la charia), peuvent se dire les jeunes immigrés. L’islam est, pour beaucoup, un ordre politique avant d’être une religion, comme l’a rappelé Houellebecq dans son roman Soumission. Tout cela occulte le fait majeur : la déchristianisation de l’Europe, dont la religion laïque ou celle des droits de l’homme ne peut plus masquer qu’elle fait le lit de l’islam, lequel a horreur du vide religieux. Et si les catholiques ont montré qu’ils sont une force puissante lors de la Manif pour tous, cette force ne semble pas avoir, hélas, d’avenir politique. Les socialistes continuent leur œuvre de destruction, cette forme de guerre civile, commencée en Vendée, en 1793. 

Pensez-vous qu’il soit plus difficile d’écrire en France qu’ailleurs ? Depuis votre mise à l’écart, constatez-vous un durcissement de la bien-pensance, ou au contraire, son affaiblissement … ? 
Certains sont sauvés par les institutions (Finkielkraut) ou par leurs ventes (Zemmour). D’autres, comme Renaud Camus ou moi, qui vivons dans la haine médiatique, sont désormais voués à publier chez de petits éditeurs (les grands ne prenant plus aucun risque) ou à se publier eux-mêmes. La liberté d’expression est donc infiniment surveillée, et mesurée comme la liberté conditionnelle. Il n’y a plus de débats, ce qu’on appelle ainsi, dans les médias, n’étant qu’un faux-semblant destiné à nourrir les « talk shows » et à faire croire qu’on vit « en démocratie », et donc « libre » de parler. Plus on se dit sans concession, ou de référence, comme Arte ou Le Monde, plus on fait allégeance au grand Consensus de la Propagande qui consiste à inventer, comme le Nouvel Observateur, une sphère « néo-fasciste » qui créerait un climat rappelant les années « 1930 ». Ces fariboles montrent en réalité que le Système a élevé le mensonge au rang de vérité. Pour paraphraser une formule célèbre, je dirai que tout étant inversé, le vrai n’est plus qu’un moment du simulacre médiatique.