lundi 6 avril 2015

Filez droit, vous êtes tracés

Derrière le joujou high-tech se cacher un super-traceur d’individus, exact opposé de la liberté promise par les vendeurs de portables. Quelle est cette liberté qui nous attache à une laisse électronique, à un objet dont la présence dans notre poche suffit à nous localiser partout ? En France, 35 000 antennes maillent le territoire et enregistrent les signaux émis par les GSM, tandis que les factures détaillées des opérateurs reconstituent l’intégralité de nos appels. Preuve de la fiabilité du système : « Le portable en dit tant sur la localisation et les fréquentations des suspects qu’il est devenu un outil indispensable pour la police [...] Qu’il s’agisse de déterminer un emploi du temps, un itinéraire ou un réseau de relations, l’étude des appels téléphoniques fixes et mobiles est devenue ‘un recours quasi systématique’, selon un magistrat »
     Pas besoin d’être un criminel pour être cyber-fliqué. Les journalistes de L’Équipe l’ont compris quand une juge s’intéressant à leurs sources – que la loi leur permet de protéger – a fait appel à la technologie. « Tout ce que vous allez dire au téléphone pourra être retenu contre vous. Tel est le message que la Justice vient de délivrer à la presse [...]. Il suffit que la police le demande pour que les opérateurs fournissent la liste des appels reçus et envoyés pendant une période donnée. Si les textes [législatifs] permettent aux journalistes de garder le silence, rien n’empêche de faire parler la technologie à leur place. C’est ce qu’on appelle une avancée pour la liberté de la presse »
     Les lycéens qui ont manifesté contre la loi Fillon au printemps 2005 ont aussi fait les frais de leurs portables, mis sur écoute. « Le réseau GSM est précieux pour les micros espions. Il suffit d’une puce téléphonique – la carte SIM – et d’un peu de technique pour permettre à un micro espion de fonctionner sur le réseau du portable. Les enquêteurs peuvent donc l’écouter en toute légalité en composant un simple numéro téléphonique et profiter ainsi d’une meilleure couverture qu’un micro classique. » 
     Rappelons aux branchés qui se croient plus malins que les autres qu’un téléphone portable peut être mis sur écoute même éteint. Cela signifie que leur gadget préféré joue le rôle de micro dans leur poche, transmettant à distance les conversations alentour. 
     Pour ceux qui voudraient jouer les mouchards, le téléphone espion est maintenant à la portée de tous. « Basé sur les toutes dernières technologies GSM, son usage est extrêmement simple : insérez une carte à puce GSM et ‘oubliez-le’ quelque part (table, tiroir, boîte à gants, voiture, sous un lit, dans un sac à main, une pochette, une valise, derrière un bibelot, etc.), appelez-le et écoutez. Ce n’est pas plus compliqué. Le Spy Phone n’émet aucun son ou n’effectue aucun signe visuel lors de son appel ou de son utilisation. C’est un portable cellulaire GSM, avec une différence notable : il paraît déconnecté et ‘éteint’. Toutefois il est tout à fait opérationnel et se comporte comme un micro-émetteur extrêmement sensible. » 
     L’intégration de la géolocalisation (GPS) dans les portables permet aussi le suivi géographique de tous par tous. L’opérateur japonais NTTDoCoMo a créé le premier service de localisation des porteurs de téléphone depuis un ordinateur ou un autre portable. « Idéal pour repérer les membres de la famille tels que les enfants ou les personnes âgées », vend NTT. D’autres proposent des solutions pour savoir où se trouve l’appelant ou l’appelé, voire pour localiser des amis dans la même zone géographique que soi. 

Pièces et Main d’œuvre, Le téléphone portable, gadget de destruction massive