dimanche 5 avril 2015

Chemin des Dunes: au volant de sa grue, il veut faire fuir les migrants


Violent. Radical. Pas assez, en tout cas, pour l’effrayer. « Je m’attendais à passer la nuit au poste. » Devant les forces de l’ordre, ce Calaisien n’a pas hésité à faire venir sa grue pour faire déguerpir les migrants, installés chemin des Dunes. « Ils se sont mis juste en face de chez ma belle-mère. Elle a 65 ans, elle est malade : elle a peur. » La police gare son véhicule en travers pour dissuader le riverain, tandis que des CRS arrivent en renfort. « Je voulais coucher les arbres avec la grue pour qu’ils s’éloignent », explique-t-il. 

Mardi, une dizaine de migrants s’est installée dans le petit bois qui jouxte le chemin des Dunes. Un campement « toléré » par la ville de Calais, propriétaire du terrain. « Moi, j’ai voulu acheter une partie du terrain il y a quelques années, et la ville a refusé. Pourquoi eux ont le droit de s’y installer ? » déplore le Calaisien. 

Une salariée du Secours catholique, présente sur place, fait l’interprète entre les migrants et les riverains. « Je peux comprendre votre point de vue, mais eux non plus n’ont pas envie d’être là. Pour la plupart, ils ont demandé l’asile en France, mais n’ont pourtant pas eu d’hébergement... » 

Les riverains craignent un « drame » et demandent à ce que les migrants s’éloignent, « même de cent mètres. Ils se sont installés au seul endroit où il n’y a pas de talus. Pourquoi ? Ça cache quelque chose. » La salariée du Secours catholique précise que s’ils se sont mis là, c’est parce que le reste du terrain est vallonné. « Eh bien nous on veut bien prendre la grue et le leur aplanir ! » proposent les riverains. La salariée ajoute que « cela faisait partie des propositions faites par les associations, comme les sanitaires et l’accès à l’eau sur le terrain. Mais cela a été refusé. » 

Un conflit entre deux types de population, qui dissimule un problème de fond : la situation précaire des migrants à Calais, qui « ne savent plus où aller. La ville leur propose de s’installer à un endroit, et le lendemain, on essaye de les faire fuir... Ils ne comprennent plus rien. » 

Les forces de l’ordre quittent finalement les lieux et recommandent aux riverains de ne pas réitérer. S’il approuve, il précise toutefois qu’il n’abandonnera pas. Son objectif : pouvoir poursuivre le talus de façon à ce que les migrants s’installent derrière, et ainsi limiter « les nuisances ». Plus pacifique...