mercredi 18 mars 2015

Rochefort (17) : Micheline, 58 ans, vit dans un garage depuis 4 mois, sans eau ni électricité


Micheline, 58 ans, ancienne conductrice de bus tombée dans la précarité depuis plusieurs années, doit quitter le garage qu’elle loue à la fin du mois de mars 
Il y a quatre mois, des voisins s'étaient étonnés de la voir s'installer là, dans ce vieux garage du quartier Champlain. Depuis le mois d'octobre, Micheline, 58 ans, survit dans 10 mètres carrés, sans eau ni électricité, à l'abri des regards. L'image de ce misérable capharnaüm est glaçante. On pense naufrage plutôt que refuge. Micheline y a entassé ses affaires personnelles, un canapé, un matelas, des couvertures, des sacs d'habits, des photos de familles rangées dans une boîte à chaussures. Il n'y a pas de quoi se doucher, aller aux toilettes ou se faire simplement chauffer un café. 

Depuis quatre mois, Micheline est une sans domicile fixe qui loue un garage pour 60 euros. Un garage qu'elle devra quitter d'ici la fin du mois de mars. Jusqu'à présent, elle avait toujours su rebondir. « Mais c'est la première fois que je me retrouve dans une situation extrême. Sans avenir. Aujourd'hui, je suis presque au fond du trou. Ma vie est une merde et je suis une emmerdeuse. Je ne sers plus à rien », résume-t-elle, en se cachant les yeux. Divorcée, mère d'un fils de 34 ans qui ne se soucie plus depuis longtemps de ce que devient sa mère, Micheline est une femme à la dérive, en colère et lucide. On ne saura rien d'autre de sa vie personnelle, pourquoi elle a sombré dans l'alcoolisme, comment elle a atterri à Rochefort il y a une quinzaine d'années. Pendant plus de vingt ans, Micheline, originaire d'Orléans, a travaillé normalement, menant une vie ordinaire. Conductrice de bus pendant treize ans et ensuite de poids lourd pendant sept ans. Puis sa vie a basculé. 

Main tendue 
Depuis trois ans, elle louait un petit appartement en centre-ville. Mauvaises fréquentations, difficultés pour payer le loyer… son propriétaire a fini par mettre un terme au bail au mois d'octobre. Depuis c'est la dégringolade, une vie de pauvreté extrême, sans chaleur humaine. Les services sociaux de la Ville lui ont tendu la main à plusieurs reprises. 

Récemment, Micheline a encore refusé de partager un appartement avec une jeune fille de 22 ans que lui proposait l'association Altéa-Cabestan. « Nos deux vies étaient incompatibles. Est-ce que vous pouvez vous mettre à ma place, vous qui avez un boulot et un toit ? », lance-t-elle à ses interlocuteurs pour les mettre mal à l'aise. 

Il y a de la rage derrière la provocation. Ses mots tremblent mais elle ne craque pas. Dans un dernier sursaut, Micheline a eu envie de témoigner pour tous les exclus qui vivent comme elle dans une voiture ou dans la rue mais aussi pour crier sa colère à la figure de la société. Quand elle n'est pas dans son garage, Micheline fait parfois la manche sur un parking et se débrouille comme elle peut pour trouver une douche. Ses voisins, qui s'étaient émus de sa présence dès le début, l'ont visiblement vite oubliée.