samedi 14 mars 2015

Le lac nucléaire mortel


Puis il y a le Karatchaï. Dès 1951, des déchets radioactifs ont été déchargés dans ce petit lac naturel de 45 hectares situé au centre du complexe atomique. Les experts s’accordent pour estimer qu’il contient à présent 444x10(16) Bq, une activité principalement due au césium 137 et au strontium 90. En 1967, armée de grande sécheresse, une tempête de vent balaie les rives asséchées du lac, disséminant les poussières radioactives des berges à plus de 100 km. Pour remédier à ce problème, l’usine déverse des déchets liquides, faiblement radioactifs, pour maintenir le niveau du lac et éviter de nouvelles dispersions. Si le césium 137 du lac semble piégé dans les argiles qui forment le sédiment, ce n’est pas le cas du strontium 90 qui a la particularité de migrer dans ses eaux souterraines. Entre 1951 et 1989, 5 millions de m3 de solutions contaminées ont pénétré les couches géologiques environnantes. Depuis les années 1970, les autorités comblent lentement cette étendue d’eau en immergeant des milliers de bloc de béton recouverts de tonnes de terre et de roche. En octobre 1991, la surface du lac avait ainsi été réduite de moitié. Le danger est cependant loin d’avoir disparu : une visite récente au lac Karatchaï a révélé des taux de 300-600 mR/h (milliröntgen/heure, soit 3 à 6 millisiervert/heure) à une dizaine de mètres du bord du lac, à comparer au bruit de fond local de 15 µR/h (15 microröntgen par heure), soit entre 20 000 et 40 000 fois plus que la normale. En restant un quart d’heure le long de ses berges, un homme encaisserait la dose limite annuelle définie par l’Organisation mondiale de la santé et qui s’élève à 1 millisievert. Karatchaï est aujourd’hui l’un des lieux les plus contaminés de la planète

Laure Noualhat, Déchets. Le cauchemar du nucléaire