vendredi 27 mars 2015

L'Assemblée vote l'interdiction de pesticides toxiques pour les abeilles


L'Assemblée nationale a voté ce jeudi l'interdiction de produits phytosanitaires de la famille des néonicotinoïdes. Une décision visant à protéger les abeilles, dont la vulnérabilité à ces produits est scientifiquement démontrée depuis 2012. 

Adoptée contre l'avis du gouvernement, l'interdiction de ces substances pesticides entrera en vigueur en janvier 2016. Portée par Gérard Bapt et Delphine Batho, cette mesure fait suite à celles prises en 2013 au niveau européen. Lesquelles avaient déjà restreint l'utilisation de trois substances actives de la famille des néonicotinoïdes. Insuffisant pour l'Union nationale de l'apiculture française (Unaf) qui avait demandé, en juin dernier, un moratoire sur toute cette famille de produits neurotoxique désorientant les abeilles. 

Les apiculteurs ont finalement obtenus gain de cause sur ce point, Gérard Bapt précisant que l'interdiction vise toute la famille des néonicotinoïdes. Cela afin d'éviter que l'industrie ne substitue des produits cousins après le retrait d'un produit précis, selon le député de Haute-Garonne. Cinq autres molécules présentant une toxicité aigüe pour les insectes restent néanmoins autorisées en France

De son côté, la ministre de l'Ecologie Ségolène Royal (PS) s'était prononcée contre l'interdiction au motif que «le cadre européen ne permet pas, selon elle, une interdiction stricte». D'autant que l'exécutif planche déjà sur ces questions. Avis auquel s'est rangé la rapporteure Geneviève Gaillard (PS), défavorable à «une interdiction brute» de peur de «gêner les avancées du gouvernement». A l'UMP, c'est l'ironie qui prime, à l'instar des déclarations d'Antoine Herth. Le député du Bas-Rhin oppose que les problèmes des apiculteurs sont «multifactoriels» et appuie sur le caractère négatif d'une telle interdiction pour les agriculteurs français. 

Trois fois moins de miel qu'en 1995 
Des débats bien éloignés de la réalité écologique. Les analyses faisant état d'un taux de mortalité des abeilles très préoccupant - jusqu'à 30% aux États-Unis, 20% en moyenne en Europe -, il semblait temps d'agir. Évoquant des conditions météorologiques «catastrophiques pour les abeilles», l'Unaf porte ce taux de mortalité à 50 à 80% dans les grandes régions de production du sud du pays pour 2014. La production de miel a, quant à elle, était divisée par trois en 20 ans, pour le même nombre de ruches. L'association Générations futures valide pour sa part cette avancée mais souhaite «s'assurer que cet amendement ne soit pas revu lors du passage au Sénat». 

Un peu de reconnaissance envers nos insectes pollinisateurs, qui assurent la reproduction des espèces végétales, ne serait pas de trop. Leur action est à l'origine d'un tiers de la production mondiale de nourriture. Sans eux plus de carottes, d'oignons ou de pommes. Une perte commerciale estimée à 153 milliards d'euros, l'équivalent du PIB du Portugal. «L'urgence de l'interdiction» apparaît ainsi évidente à la lumière d'«un fléau durant depuis trop d'années», a insisté la bien nommée Laurence Abeille, députée écologiste du Val-de-Marne.