dimanche 15 mars 2015

Interdiction de la fessée : 70% des Français disent non


L'électorat du Front national est le plus opposé à une loi, alors que celui d'EELV y est plutôt favorable, selon un sondage Ifop pour Le Figaro. 
Se souviennent-ils de la gifle magistrale qu'il avait administrée, pendant la campagne présidentielle de 2002, à un gamin qui tentait de lui faire les poches? Reste que ce sont les électeurs de François Bayrou qui (à 37 %) sont les plus favorables à l'interdiction législative des châtiments corporels envers les enfants. Mais si l'on prend les Français dans leur ensemble, selon un sondage Ifop pour Le Figaro (voir en bas de l'article), ils sont 70 % à être opposés à l'interdiction de la fessée. 

L'enquête a été réalisée entre le 4 et le 9 mars auprès de 1050 personnes, alors que le Conseil de l'Europe venait d'épingler la France pour ne pas avoir encore interdit clairement toutes les formes de châtiments corporels sur les enfants, contrairement à une grande majorité de ses voisins. À ce quatrième rappel à l'ordre depuis 2003, la secrétaire d'État à la Famille, Laurence Rossignol, a répondu que la France doit avoir «une réflexion collective» sur «l'utilité des punitions corporelles dans l'éducation des enfants». Mais «ça ne passera pas par la loi», a-t-elle précisé, pour ne pas «couper le pays en deux camps».

En réalité, «c'est très très massif et clair, affirme Jérôme Fourquet, directeur du département opinion publique à l'Ifop. Sept Français sur dix ne veulent pas que la loi interdise la fessée.» Il y voit deux explications principales: «Les Français accordent sans doute à la fessée un certain nombre de vertus pédagogiques, détaille-t-il, et ils trouvent incongrue cette injonction européenne, alors qu'il y a par exemple des failles béantes sur la question de la délinquance des mineurs.» Autre élément sur ce score sans appel: «La part des tout à fait favorables à l'interdiction s'élève à 7 %, insiste-t-il. Tandis que les tout à fait opposés sont 27 %.» 

Le consensus existe chez tous les partis politiques, même si l'on note une opposition plus forte à droite qu'à gauche. Sauf chez Europe Écologie-Les Verts, où 52 % de l'électorat est favorable à l'interdiction des châtiments corporels. «L'électorat EELV se distingue par son côté libéral et libertaire, mal à l'aise avec les formes d'autorité traditionnelles, y compris dans la sphère familiale, analyse Jérôme Fourquet. En revanche, les sympathisants du Front national sont les plus opposés, en niveau (79 %), mais aussi en intensité (40 % sont tout à fait opposés). On retrouve là l'attachement à une certaine forme d'autorité.» 

Entre hommes et femmes, six points d'écart: 27 % des hommes sont favorables à l'interdiction, contre 33 % de leurs compagnes. Les habitants de l'agglomération parisienne sont aussi beaucoup plus opposés à la fessée que ceux des communes rurales. «L'effet de génération, en revanche, n'est pas clair, poursuit Jérôme Fourquet. Ce qui joue, c'est plutôt le fait d'avoir des enfants ou pas à la maison.» En effet, on observe que les Français les plus favorables à la fessée sont les plus de 35 ans, qui commencent à avoir des enfants: seuls 27 % d'entre eux seraient pour une interdiction. Quant aux 18-24 ans, 43 % aimeraient voir la fessée bannie. «Sans doute parce qu'ils n'ont pas encore d'enfants, commente Jérôme Fourquet. Et qu'ils se souviennent encore des fessées qu'ils ont reçues…»