dimanche 1 mars 2015

Il part en Syrie pour combattre Daech aux côtés des chrétiens


Inutile de faire un dessin. Ces temps-ci, un billet d'avion pour la Syrie peut vous valoir bien des ennuis. Surtout quand on a dans ses valises l'arsenal du parfait combattant. Pas d'arme évidemment, mais gilet pare-balles, chargeurs (vides), lunettes balistiques, casque, bouchons auditifs… Ceci sera l'attirail d'un Tarn-et-Garonnais lorsqu'il quittera la France pour rallier la Syrie. 

Syrie ? À ce stade, tous les clignotants sont au rouge. Sauf… Sauf que ce vaillant garçon, ainsi équipé, ne part pas faire le djihad. Il ne compte pas combattre aux côtés de Daech. Tout le contraire. Il part lutter contre les combattants de l'État islamique (EI) sous la bannière de SMC (Syriac Military Council), une milice chrétienne co fondée par un ressortissant suisse qui se bat contre les djihadistes de l'EI. 

Son expertise d'ancien militaire 
Une démarche singulière et toute aussi rare. Cet homme âgé de 27 ans que nous nommerons Victor, est un ancien sous officier de l'armée, infanterie de marine, paras, où il a notamment été instructeur. Le garçon a la tête sur les épaules… qu'il a larges. Ce rugbyman, sport qu'il pratique en amateur, est déterminé. Dans son regard, nul doute, nulle crainte. Son expertise en matière de formation aux armes (qu'il sera notamment appelé à enseigner aux recrues) comme sa réflexion, écartent d'emblée la gloriole, le fanatisme ou l'ignorance. Pour justifier sa décision de s'engager aux côtés des chrétiens du Kurdistan, Il évoque «la barbarie, les actes de cruauté de l'état islamique. Ce n'est pas concevable de se faire tuer pour sa religion, qu'on soit chrétien, juif ou musulman». Lui se dit de confession chrétienne, mais plutôt athée. La religion n'est pas le moteur de son engagement. Son combat se veut «humanitaire», au sens large du terme

Du bon côté de la barrière 
Il va laisser derrière lui pour une durée prévue de deux mois, une compagne et une petite fille. «Elle a toujours eu l'habitude de me voir partir», explique-t-il. Victor est souvent parti en Opex (Afghanistan, kosovo, Afrique… Sa mère se console en se disant que son fils est au moins «du bon côté de la barrière»…. Victor sait que son engagement n'est pas sans risques. Les armes tuent dans cette région. «Même dans son lit on n'est jamais l'abri. Un mortier, ça peut vous toucher à 20 ou 30 km». Mais la peur ne semble pas habiter ce combattant. Il connaît le fracas des armes. Là-bas pourtant, il ne disposera d'aucun repère. «Quand on partait ne Opex, on pouvait interroger ceux qui en revenaient. Là ou je vais, on a aucun retour d'expérience». Ils sont visiblement peu nombreux en France a s'engager de la sorte. 

«J'y vais bénévolement» 
Victor insiste sur deux points quand il confie son projet qui doit se concrétiser dans un mois. «J'y vais bénévolement. SMC m'envoie simplement mon billet d'avion aller-retour». Le second point qu'il tient à souligner afin d'éviter toute méprise, «Je pars en Syrie du bon côté de la barrière, contre la barbarie et l'oppression»

Victor n'est pas un «contractor», ces combattants qu'on appelle aussi mercenaires qui gagnent leur vie en combattant quel que soit celui qui tient le manche. «Je ne pars pas en croisade, précise-t-il aussi. Je ne suis pas un fou de guerre. je ne compte pas à moi tout seul régler le problème»

La milice dispose d'environ 600 hommes 
Là-bas SMC dispose d'un casernement ou ce qui lui ressemble, pour former ses combattants. C'est là notamment que Victor conduira sa mission d'instructeur. La milice dispose d'environ 600 hommes, Syriens mais aussi internationaux qui se battent contre les djihadistes d'EI, menant des raids armés de grenades, de kalachnikovs, de mitrailleuses de 12 ou 14 millimètres, de lance-roquettes RPG… Mais sans aucun blindé, quand Daech dispose d'un arsenal et de troupes conséquentes. 

Victor est conscient que son histoire n'est pas ordinaire. Peu de traces d'engagements similaires auprès de jeunes français. C'est aussi pour cela qu'il veut la faire connaître : «Tout cela ça existe», constate-t-il, et visiblement, ça le dérange énormément. Et ça le démange tout autant de s'y frotter dans l'espoir de faire avancer les choses dans le bon sens. Celui de l'humanité et de la liberté.