lundi 2 mars 2015

Il n’y a plus de gorilles au numéro demandé


Outre sa puce, votre téléphone a besoin de condensateurs en coltan (ou colombo-tantalite), un minéral malléable, résistant à la chaleur et à la corrosion. Celui-ci est extrait notamment en République démocratique du Congo, où se trouvent les plus importants gisements mondiaux. 
     Comme les diamants, le coltan a été au centre d’une guerre pour le contrôle des ressources qui a tué plus de 3,5 millions de personnes dans sept pays depuis 1998. « Toute une série d’entreprises se sont créées dans cette zone, en association avec les grands capitaux transnationaux, les gouvernements locaux et les forces militaires (de l’État ou de la guérilla) qui se disputent le contrôle de la région concernant l’extraction du coltan et d’autres minerais. L’ONU n’hésite pas à affirmer que ce minerai stratégique finance une guerre que l’ancienne secrétaire d’État des États-Unis, Madeleine Albright, a dénommé ‘la Première Guerre mondiale africaine’ »
     Au Congo, de nombreux enfants sont retirés de l’école pour travailler dans les mines de coltan. Le minerai est acheté aux rebelles congolais et à des compagnies minières hors la loi des sociétés internationales, dont Cabot Inc. aux États-Unis, HC Starck en Allemagne (filiale de Bayer), et Nigncxia en Chine. Ces sociétés transforment le minerai en une poudre qu’elles vendent à Nokia, Motorola, Ericsson, Sony, Siemens et Samsung. 
     Conclusion qui ne figure pas sur la notion d’utilisation de votre portable : « Il semble évident que les consommateurs du Nord, soit la majeure partie de la demande solvable et les derniers maillons de la chaîne, ont en partie contribué indirectement à la poursuite du conflit en RDC »
     « Le journaliste africain Kofi Akosah-Sarpong a même exprimé que ‘le coltan, généralement parlant, n’est pas en train d’aider les habitants locaux. En réalité, il est la malédiction du Congo’. Il a été également révélé que des évidences de contamination par ce minéral existent et que celles-ci signalent le rapprochement entre le coltan et les déformations congénitales des bébés dans la zone minière qui naissent avec les jambes de travers »
     Les mines de coltan sont situées en majorité dans l’est de la RDC, dans la région de Kivu, sur le territoire des derniers gorilles des plaines, des okapis et des éléphants. Bilan de l’activité minière : saccage des forêts et des cours d’eau et massacres d’animaux. Au rythme actuel, les spécialistes estiment à 10 ou 15 ans maximum l’espérance de survie des gorilles. [soit aujourd’hui 2 à 7 ans...] 
     Les rapports publiés en 2001 et 2002 par l’Union internationale de conservation de la nature (UICN) et l’ONU dénonçaient l’exploitation illégale des mines du Kivu et ses ravages. « Des cours d’eau et des forêts sont en train d’être dégradés, la subsistance des populations autochtones, les Mbuti, dans la réserve de faune à okapis est menacée et la faune sauvage est détruite à un rythme alarmant. [...] Le coltan exploité dans ces sites est transporté par avion et vendu à de grandes entreprises multinationales d’Amérique du Nord, d’Europe et de Russie qui l’utilisent dans différentes industries de haute technologie. L’UICN lance un appel à la communauté internationale pour qu’elle cesse d’acheter le coltan »
     Après cet appel, Motorola et Nokia ont jugé qu’elles inciteraient leurs fournisseurs à s’approvisionner en Australie et au Brésil. Poudre aux yeux : en réalité, d’après le Grama, Groupe de recherche sur les activités minières en Afrique (université de Québec) : « il est impossible d’établir la provenance de la ressource et nous savons que, malgré les condamnations internationales, le coltan de la RDC se trouve toujours assez facilement sur les marchés étrangers »
     Chaque fois que vous passez un coup de fil sur votre portable, vous jouez avec la santé des habitants du Grésivaudan, avec la vie des Congolais et celle des derniers grands singes de la planète. 

Pièces et main d’œuvre, Le téléphone portable, gadget de destruction massive